Colonisation de Mars : nouvel idéal libertarien ?

Le sol de la planète Mars, nouvel el dorado libertarienPhoto by Christian Lischka SJ on Unsplash
Temps de lecture : 3 minutes

La colonisation de Mars apparaît comme un idéal libertarien à travers un gouvernement privé géré par des entreprises privées. En effet, le concept des îles flottantes laisse place à un projet de grande envergure pour les années 2030 à 2050. La fiction dépasse la réalité.

L’idéal libertarien à travers la conquête spatiale

Elon Musk, Jeff Besos ou d’autres rêvent d’installer des colonies et des habitations dans l’espace. L’approche de ces dernières tend naturellement à créer une nouvelle forme de gouvernance entièrement dépendante du privé. En effet, l’amortissement que réalise “Space-X” à travers ses fusées reste un exploit scientifique. Pourtant, si le Rover Perseverance de Mars ayant atterri ces derniers jours apparaît comme un exploit, il en demeure pas moins que l’appétit des multi-milliardaires pour la conquête spatiale ne s’inscrit pas nécessairement dans une logique démocratique, mais bien dans l’ultra-individualisme. Dès lors, on peut se demander si l’idéal libertarien tel qu’ils le conçoivent ne serait-il pas simplement le renouvellement du libertarianisme dans son approche, mais aussi dans sa mise en pratique.

La question d’une société où le progrès domine vers une société contractuelle tend également à envoyer dans l’espace à travers des missions interminables l’élite au niveau physique que psychique. Dès lors, la conquête de l’espace se base sur une certaine forme d’eugénisme. Ne doutons pas un seul instant qu’au niveau des différents astronautes, les compétences de résistance à certains domaines sont mis en évidence. En effet, la conquête de Mars laisse entrevoir la vision que les pilgrims avaient entrepris lorsqu’ils embarquèrent pour le “nouveau monde”. Dans cette logique, un “autre nouveau monde” apparaît, mais fondé sur des valeurs clairement différentes. En effet, en 1660, la question du puritanisme était fondamentale alors qu’aujourd’hui, même si nous traversons une vague néoconservatrice, le libertarianisme de SpoonerRothbard ou David Friedman s’inscrit dans une logique modernisée du puritanisme.

Dès lors, l’idéal libertarien s’avère être l’alpha et l’oméga des futures colonies. Cependant, la question de l’interaction entre ces colonies et les différents États demeura fondamentale pour la poursuite d’un projet utopique pour les uns et entièrement dystopique pour les autres.

Le rôle du contrat dans ces nouvelles sociétés

L’idéal libertarien se base sur la question d’une société contractuelle. En effet, le libertarianisme dans sa forme la plus développée laisse la responsabilité individuelle comme un marqueur entre les citoyens. Dès lors, le “contrat social” s’avère remodeler. Nous ne partons plus sur un contrat à la Jean-Jacques Rousseau, mais plutôt sur Hobbes. Ainsi, il convient de souligner que l’aspiration d’une société où la tyrannie gouvernementale laisse place à une théorie où le “contrat” a une valeur fondamentale.

De ce fait, les “nouvelles sociétés” s’inscrivent une fois de plus dans la doxa d’un “monde libre”. Pourtant, tant qu’il n’y aura pas de valeurs progressiste à ce “nouveau projet”, il restera entièrement inféoder aux différentes entreprises de l’espace. Le voyage accentuerait également la séparation entre les classes sociales. Ainsi, les classes plus aisées pourraient sortir du bourbier qui se profile sur Terre, notamment en raison de l’accroissement de la population, mais également du réchauffement climatique.

Le “darwinisme social” apparaît comme l’alpha et l’oméga de cette politique. En effet, la “responsabilisation” des individus dans le cadre d’un tel projet se fonde sur leur capacité à tenir les différents engagements du contrat politique. De ce fait, la place au progrès demeure de moins en moins incertaine. Un Hobbesianisme de gauche s’avère être une alternative intéressante vis-à-vis des États. Pourtant, le libertarianisme de gauche tel qu’il est conçu à l’heure actuelle reste un courant fondamentalement minoritaire par rapport à son grand-frère le libertarianisme de droite. Ce dernier est d’ailleurs un pléonasme.

Des colonies dépendantes des entreprises spatiales

La dépendance de ces colonies demeure extrêmement limitée. En effet, il y a clairement une relation entre ce qu’il se produit sur Terre et ce qui a vocation à se concrétiser dans l’espace. Ainsi, la volonté de créer une “nouvelle société” dépendra entièrement de l’autonomie accrue de cette dernière. En effet, la question d’une autonomie, notamment sur la question alimentaire s’avère prépondérante. De ce fait, il s’avère que l’ensemble des efforts à réaliser sera de pouvoir créer une atmosphère artificielle afin de pouvoir y créer de l’eau et du dioxygène. Ainsi, la question de rendre autonome le fonctionnement de la colonie devient nécessaire. Que se passera-t-il si les sociétés qui ravitailleront Mars ou même d’autres planètes cessent leur réapprovisionnement comme dans le cadre d’une faillite ? Les habitants de ces colonies, seront-ils laissés à l’abandon ? L’idéal libertarien a ses propres limites dans le champ spatial.

Dès lors, la responsabilité des États dans le champ de la conquête spatiale demeure fondamentale. Ainsi, il existe une certaine forme de dualisme entre d’un côté une volonté d’émancipation et de l’autre, une volonté de garder un lien. En effet, ce sont les États qui à travers des contrats bien juteux font vivre les entreprises spatiales. On pourrait voir cela comme une délégation du service public.

Par ailleurs, la recherche avançant rapidement, il semble nécessaire de réaliser de la pédagogie vis-à-vis de nombreuses personnes de l’intérêt de fonder une politique spatiale publique. En ce qu’il concerne la France, nous sommes affiliés au groupe européen Ariane Espace, dont sa base de lancement est basée à Kourou en Guyane Française. De nombreuses start-ups françaises ont d’ailleurs travaillé sur la “mission persévérance” au travers d’un drone. En effet, il convient d’expliquer que la question spatiale apparaît comme un investissement étatique, dont la valeur ajoutée est énorme dans le temps à travers tout un ensemble de domaine qui se développe grâce aux technologies de l’espace.

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