Ne pas confondre Rosa Luxemburg et le paradis fiscal du Luxembourg

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Rosa Luxemburg était une femme de génie œuvrant pour une société socialiste afin d’en finir avec le capitalisme. Ses écrits et ses prises de position la situent au cœur de l’actualité notamment avec son approche de l’économie politique. Celle qui fondit la ligue spartakiste avec Karl Liebknecht prônait l’insurrection dans un manifeste qui se résumait à “socialisme ou barbarie”. La révolution se réalisera par des sursauts, mais aussi par des moments d’intense tension entre le prolétariat et la bourgeoisie. Les esclaves modernes ne se trouvent plus à la chaîne, mais dans des entreprises de service plus ou moins grandes. Le secteur du tertiaire connaît un “boom” particulièrement dans la question de la gestion des données à savoir le “big data”. L’ordinateur est devenu un outil de contrôle pour les entreprises, le télétravail a rarement autant pressurisé l’employé dans la surveillance de la tâche qu’il accomplit lorsqu’il est chez soi ou dans un endroit en dehors du domicile. La barbarie que nous assistons n’est peut-être pas celle que d’autres utiliseront, mais elle se contente d’une exploitation toujours plus féroce du salarié afin de le rendre le plus productif possible et de le pousser dans le retranchement des limites qu’il peut encaisser. 

Les spartakistes nous l’avaient prédit, la société si elle ne prenait pas le chemin d’un socialisme même à travers les outils légaux risquait de s’enliser dans une porte ouverte à toutes les dérives. Rosa Luxemburg était en avance sur son époque et refusait par ailleurs la position du marxisme-léniniste. Le luxemburgisme a démontré à plusieurs reprises la réalité de la finesse au niveau de l’analyse de la société. Il n’y a guère de doute qu’il ne peut y avoir de tromperie sur les idées.

Le capitalisme dans une vision orthodoxe et néolibérale promeut progressivement une société violente et sans limite. Le chaos absolu se matérialise progressivement vers une gouvernance des pays où seules les lois arbitraires du marché régulent la vie quotidienne. Dans cette composition, le néolibéralisme a vu son apogée sous l’ère de Thatcher et Reagan, mais il a perduré sous Bolsonaro, Trump et Orbàn. Les conditions se réunissent pour laisser germer progressivement les graines du néofascisme. L’outil démocratique n’est qu’une façon pour prendre le pouvoir afin d’y appliquer une vision autoritaire où l’État de droit laisse place à l’État légal. La question de l’outil juridique permet d’améliorer la santé des grandes entreprises et des plus fortunés, même en période de crise économique comme nous le traversons actuellement. Le néolibéralisme nous démontre une fois de plus qu’il n’est pas en mesure d’assurer un marché où les règles sont les mêmes pour tous. À ce jour, les paradis fiscaux sont certes sur une liste noire, mais ils sont mis ou démis en fonction du bon vouloir de la Commission Européenne et des gouvernements des états en faisant partie. Ainsi, la volatilité apparaît à reconnaître un paradis fiscal même s’il n’est pas sur la liste officielle.

Au sein de l’Union Européenne, se trouve un petit pays nommé le Luxembourg. Dans ses banques, se trouve la fortune des évadés et des fraudeurs fiscaux. Les responsables de la dette publique des différents pays se la coulent douce dans ce petit paradis fiscal que personne n’ose dire le nom. Après Luxleaks où l’on avait découvert que les grandes entreprises négociaient directement avec le pouvoir exécutif des contrats pour régler les impôts à des prix défiant toute concurrence. Nous voilà face à un nouveau scandale qui remet le Luxembourg au centre de la polémique. OpenLux révèle une nouvelle fois les failles de l’Union Européenne et la problématique de la concurrence dérégulée et entièrement faussée entre les différents pays. On peut être particulièrement horrifié face à l’avancement des différentes données. La question de l’évasion fiscale fait les affaires d’une minorité à travers les failles juridiques des différents pays. Là où l’argent dort dans les banques du Luxembourg, il ne sert pas l’économie. Au contraire, cette contorsion à travers des montages juridiques toujours plus complexe les uns que les autres pour échapper à l’impôt nous rappelle également que le séparatisme des plus fortunés existe et qu’il a des conséquences réelles sur nos vies quotidiennes notamment avec des politiques de rigueur et d’austérité plus draconienne d’une année sur une autre.

L’ancien président de la Commission Européenne, Jean-Claude Junker porte une lourde responsabilité dans l’endettement des différents pays. Les parlements et les démocraties libérales ne sont pas en mesure de se protéger de cette fraude tout à fait légale. Au lieu d’avancer pièce après pièce dans un jeu d’échec où la stratégie demeure une concentration importante, faire table rase devient nécessaire afin d’harmoniser l’Union Européenne sur de vraies valeurs, notamment sur la question de la lutte contre l’évasion fiscale une priorité. Pour cela, il semble nécessaire de reformer un courant progressiste mettant en pratique les idées de Rosa Luxemburg pour refonder notre République, mais aussi de revoir l’ensemble des relations avec le Luxembourg.

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