Après l’assaut du Capitole, l’ère Biden commence

Le candidat à la Maison Blanche Joe Biden lors d’un discours à Dallas, en Pennsylvanie, le 24 octobre 2020, afp.com/Angela Weiss

Ces derniers jours, alors que les membres du Congrès validaient l’élection de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, une horde de partisans radicalisés de Donald Trump avait envahie le Capitole pour contester l’élection des grands-électeurs. Sur un soupçon de fraude électorale, la frange marginalisée était rentrée dans l’enceinte parlementaire pour faire valoir son opposition.

Un vent nouveau souffle sur la République Américaine dans un climat de division absolue. Les conséquences d’un tel acte montrent également les limites de la démocratie fondée par Georges Washington. En effet, les illibéraux en contestant le système complexe menant à l’élection présidentielle ont basculé dans toutes les valeurs contraires à l’idéal américain. Les conséquences sont sans merci dans un pays où la démocratie et les libertés individuelles sont roi.

Ce fut également un choc pour les démocraties libérales fonctionnant notamment avec un régime parlementaire de voir que le système mis en place peut déclencher une vague d’insurrection contre les différents pouvoirs.

Pour de nombreux amoureux de la démocratie parlementaire, ce fut un choc de voir que des personnes ne souffrant d’aucun trouble psychique pouvaient remettre en cause un scrutin où dans de nombreux cas, les bulletins ont été recomptés à plusieurs reprises. Les membres ayant envahi le Capitole doivent désormais s’expliquer devant leurs employeurs qui dans de nombreux cas les ont licenciés sans entretien préalable. On ne rigole pas avec les valeurs démocratiques qui font la force de la première puissance mondiale. 

Dans un pays en crise et clairement libéral, les licenciements se réalisent d’une certaine facilité contrairement à ce qu’il peut se faire au sein de l’Union Européenne. Certains fanatiques de l’ancien président ont voulu mettre en avant un “coup d’état” contre la démocratie. Ils en payent désormais les conséquences. D’autant que s’ils avaient lu Karl Marx, ils auraient dû savoir que les chômeurs ne sont que l’armée de réserve de la bourgeoisie pour faire pression sur les salaires. À cause de millions de licenciements en lien avec la crise économique et sanitaire que rencontre les pays occidentaux, ils seront vite remplacés par des personnes ayant une formation ou un bagage professionnel de grande ampleur.

Il est vrai que le mouvement ouvrier s’est toujours soulevé contre le “parti de l’ordre”, mais dans le cas présent, il s’agit d’un mouvement ultraconservateur refusant de se soumettre aux différentes instances démocratiques. La question de l’autoritarisme du régime qu’ils défendent doit être mise en place par la force, mais lorsqu’ils subissent la défaite par les urnes, c’est-à-dire par la démocratie, ils contestent les résultats. En effet pour les néoconservateurs, la démocratie ne représente qu’un outil pour prendre le pouvoir tout en diffusant une large propagande sur les réseaux sociaux de leur volonté d’un dépassement de la démocratie.

Le poison du complotisme et du conspirationnisme notamment à travers le mouvement QAnon a généré un climat délétère. Devant des faits démontrables de façon matérielle avec des preuves, une partie de l’électorat n’a pas supporté la question d’une alternance vers le libéralisme philosophique en opposition avec les “libertés économiques” et le scepticisme des médias à tous les étages. En effet, la crise sanitaire que le SARS CoV-2 a produite a emporté avec elle a emporté avec elle son flot de critiques malsaines notamment sur la question des traitements et le vaccin. Il y a une rupture très claire entre ceux qui croient dans la Science et les ignares se créant des théories adaptées par rapport à leurs différents discours. Là, où le mouvement QAnon a réussi à battre la mesure dans le fait qu’il n’a pas de théories preconstruites, mais un flot de théories parfois paradoxales les unes entre elles. Quoi qu’il se passe, les adeptes de cette secte ont des réponses à tous les différents événements. La question de la facilité par rapport à la recherche d’éléments factuels permet d’affirmer que cette partie de la population s’imbrique dans les différents mouvements obscurantistes.

La démocratie libérale a ses défauts, mais elle doit pouvoir se protéger face à des dangers comme ceux-ci, sinon l’obscurantisme à la Donald Trump et ses partisans prendront le pouvoir partout où cela est possible quitte à réaliser des “coup d’état” pour dénoncer des éléments qui n’existent pas. Il ne s’agit pas de se mettre sur la question de la bataille des idées. La base du mouvement illibéral se structure autour d’une défiance des organismes étatiques et de tout ce qui vient de l’Etat. Dans ce contexte, les “mots” sont de ces personnes qui vont de Trump à Orbàn en passant par Nethanyaou et Bolsonaro devient une véritable plaie. Je suis conscient que sur l’aspect démocratique, il faudra refonder des digues afin de ne pas subir le raz-de-marée venant du fond des ténèbres et la noirceur idéologique que représente le néoconservatisme. Il existe une frontière assez claire entre les libéraux et les néoconservateurs. La situation américaine a permis de raviver des tensions entre deux modèles de gouvernance d’un pays à un autre. En effet, les uns croient dans un homme providentiel permettant de résoudre l’ensemble des problèmes d’un pays par tous les moyens légaux, mais dans un esprit conservateur alors que les autres croient foncièrement dans l’idéal démocratique et du libéralisme comme porte ouverte vers le progrès.

Joe Biden représente un incroyable défi et montre qu’une impasse peut-être vite résolue par le retour à la démocratie. Le modèle présidentialiste à l’Américaine a toujours su relever la tête des différents qu’imposa la situation économique, sanitaire et démocratique par le passé. De même, la question de l’endettement devra être évoquée dans le cadre des quatre prochaines années. Le keynésianisme a la particularité de générer un endettement massif afin de relancer l’économie. Or, dans une économie où la dette dépasse les 20 000 Mds de dollars, les leviers économiques risquent davantage d’engendrer une hausse considérable des déficits. Pour que l’Amérique puisse retrouver l’équilibre budgétaire, il faudrait plusieurs mandats des “Démocrates” avec une stratégie de combat sur la question de la “moralisation du capitalisme”, loin du “capitalisme sauvage” des “Républicains”. L’ère de Donald Trump sera terminée dans les prochains jours. C’est avec joie que j’accueille cette porte qui se ferme, mais dans un fracas très important. En effet, l’Amérique est de retour sur le plan de la scène internationale comme veut le montrer Joe Biden, mais les défis sont colossaux. Il ne faudra pas qu’il trahisse les raisons pour lesquelles il a été élu. Il semble nécessaire de jouer sur le “parler franc”, mais aussi d’actionner les différents leviers diplomatiques notamment dans l’établissement du lien de confiance entre les élus et les citoyens. Cette tâche semble être particulièrement ardue. Pourtant, le fait de croire dans la démocratie et dans le progrès tout comme l’avenir d’une nation à travers des réformes structurelles nécessaires permettront de sortir de la machine infernale dans laquelle les Etats-Unis d’Amérique ont plongé depuis la présidence de Ronald Reagan.

Entre temps, le compte Twitter du président sortant de la République des Etats-Unis de la République a été suspendu. Les personnalités politiques et de la vie publique contestent une telle prise de décision. En effet, ils considèrent que ce n’est pas à la plateforme numérique de faire “la pluie et le beau temps” en fonction de l’idéologie des personnes, mais à la justice. Dans le même temps, il fallait en finir avec le moyen de diffusion clef du président sortant. S’il avait eu le même régime que les autres utilisateurs, il aurait été suspendu depuis bien longtemps. De plus, les incidents du Capitole témoignent de sa dangerosité et du terrorisme de l’intérieur qu’il peut générer. En fermant un de ses réseaux sociaux, le mot d’ordre est à la fin de l’ère éphémère pour une époque plus durable dans le temps et une Amérique ayant retrouvée sa splendeur, son rayonnement et de la fin du bilatéralisme au profit du multilatéralisme.

La France n’est pas à l’abri d’une situation identique pour les futures élections présidentielles qui auront lieu en 2022. L’instauration du “national-libéralisme” comme clef de voûte avec la fin de l’Union Européenne pour établir des traités bilatéraux de libre-échanges et la libéralisation progressive de la société en suivant les différentes traces d’Emmanuel Macron sur l’aspect des “libertés économiques”, des “lois sécuritaires” et des “lois sur l’immigration” questionne profondément le chemin que souhaite prendre l’Occident. À l‘heure d’aujourd’hui, le néolibéralisme triomphant laisse entrevoir une profonde mutation de la société française. La volonté d’être dirigé par un “parti de l’ordre” laisse entrevoir une situation qui pourrait être similaire à celle des Etats-Unis d’Amérique. Il faut dire que le biberonnage des théories farfelues comme le “grand remplacement” diffusé également de l’autre côté de l’Amérique ont pris pied au sein du paysage politique français. Lorsque les discussions ne sont pas orientées sur le débat politique, les faits divers permettent de renforcer une France sombrant également à sa manière, non pas dans le trumpisme, mais dans une “lepenisation des esprits”. Le néoconservatisme tel qu’il est pratique au sein de notre pays laisse triompher la “révolution libérale” sous le prétexte qu’il n’y aurait aucune alternative. Le néo-keynésianisme est vu comme largement dépassé alors qu’il est porteur d’espoir, de rassemblement et de cohésion au sein d’une société qui se renferme sur elle-même.