L’hôpital privatisé est-il une clinique heureuse ?

Capture d'écran Le Monde
L’hôpital privatisé est-il une clinique heureuse ?
Bonjour ! Mesdames et Messieurs, comment allez-vous « bien » ?
Certes, la formule de politesse, trop itérative, est très discutable sur le plan syntaxique, sans compter qu’on pourrait se sentir « bien mal » et donc répondre avec cette locution aussi paradoxale qu’une « ouverture fermée »… Néanmoins, l’oxymore publicitaire est devenu la règle en ces temps de capitalisme à visage inhumain.
Voici ce qu’est devenu l’hôpital public ou plutôt, pour être plus précis, l’organisme déliquescent qui gère encore la pénurie sagement organisée par nos « élites », en vue d’un passage au statut plus « moderne » de clinique gentiment tarifée. Par volonté gouvernementale sous le couvert hypocrite d’efficacité comptable et d’harmonisation européenne, la vénérable institution en pleine révolution commerciale est bel et bien sur la bonne voie : celle qui vise à généraliser ce sourire de façade qu’on attribuait antan aux escrocs les plus carnassiers.
Désormais, il est inutile d’aller chez un marchand de charrettes bazardées en occasions (prétendues de dernier cri) afin d’entendre les boniments les plus enchanteurs pour « vraiment pas cher ».
Précipitez-vous plutôt sur vos deux jambes cassées vers le CHR le plus proche,… disons à plus de deux cents kilomètres de votre bicoque provinciale en ruine, si vous êtes des ploucs surendettés et vivant en rase campagne ou en montagne bouseuse de la Gaule périphérique.
Dans ce boui-boui fait de bric et de broc, vous trouverez un accueil digne de princes de petites banlieues bien décrépites avec un service d’apparat formidable et au nom délicieusement « franglais ».
Vous connaissez peut-être la chose brinquebalante, si vos comptes bancaires sont déficitaires depuis votre dernière hospitalisation avec infection nosocomiale offerte car obséquieusement présentée en option gratuite…
En première approche tout empreinte de naïveté, le machin semble jovial, comme le paraissait tantôt le papi gâteau Staline devant les photographes diligents (avec en prime, les charmants petits bambins dans les bras du tyran ; ceux qu’on enverrait plus tard au goulag, en guise de joli camp de vacances…). Ledit bidule surtaxé s’appelle tout simplement « Happytal », c’est-à-dire « l’hôpital heureux » dans sa version contractée en « globish », cet anglais bêta d’aéroport. Pour vos revenus, par contre, ce sera plutôt l’« électrochoc » qui leur vaudra nom de baptême.
Souriez, chères vaches à lait (aussi caillé que votre santé), vous êtes soignées… aux petits oignons!
Si vous avez déjà rencontré un adepte de cette secte entrepreneuriale, ce fut « youpi ! » pour le porte-monnaie d’une société étrangement anonyme et non pour le vôtre déjà bien vide, bien entendu…
Voulez-vous un café ? C’est cinq euros : « pas cher ! ».
Avec du lait ? Ce sera dix euros : « vraiment pas cher ! ».
Et un sucre en plus ? Alors, le prix est de vingt euros : « extrêmement peu cher ! ».
Et ainsi de suite, jusqu’à ce que vous échouiez à la morgue, car on exécute le patient sans attendre de rémission quand il n’est plus rentable. Du coup, vous zappez vite dès qu’on vous propose le deuxième morceau de glucose industriel…
Par principe pécunieux autant que mercantile, la société de marché est peut-être morbide, mais elle ne concerne que les vivants rémunérés, les seuls assez aptes à être vampirisés ; pour les autres, moins lucratifs par définition, on leur accordera quelques planches en sapin bas de gamme et vite facturées à la famille en faillite mais, encore et toujours, avec le sourire machinal de circonstance.
En plus, il n’est même pas besoin d’offrir un petit pourboire à l’esclave en chandail rose (lequel est « donné » en guise de blouse à un faux infirmier dont les belles manières sont si mécaniques) : son très maigre salaire est inclus dans l’énorme addition. Merci donc pour le service d’étage…
Précipitez-vous donc aux urgences d’« Happytal and Co », le service des convalescents ruinés n’est pas si loin…
Diagnostiquez vous-même cette nouvelle médicale sur les arnaques qui nous entubent autant qu’elles nous intubent sur Le Monde en version net : « Les vraies motivations de Happytal, service de conciergerie de luxe pour hôpitaux. Cette start-up promet d’“apporter de la douceur” aux patients. Mais derrière le sourire des polos roses se dessine une autre réalité : l’optimisation de la facturation des chambres individuelles… »

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