La jungle

En octobre 1904, Upton Sinclair — journaliste, au cœur ancré bien à gauche — s’introduit incognito dans les abattoirs de Chicago afin de dénoncer la misère ouvrière et l’exploitation des immigré·e·s qui y règnent. Son roman — La jungle, paru en 1906 — est un véritable témoignage des méthodes véreuses des trusts de la viande en matière de management, de rentabilité, de sécurité, de normes sanitaires et de mépris social. Il y révèle également l’inertie — voire la complicité — de la classe politique, les souffrances et tortures infligées aux animaux et l’hygiène plus que douteuse du produit fini : la viande. À sa sortie, le livre fait scandale. Les lecteur·rice·s sont tellement horrifiés par l’insalubrité décrite au fil des pages, que le président Théodore Roosevelt diligente une commission d’enquête sur les lieux. Cette dernière confirmera en grande partie celle précédemment menée par Upton Sinclair et conduira à l’adoption de la Loi sur l’inspection des viandes et de celle sur la qualité des aliments et des médicaments.

Se plaignant de l’incompréhension de son lectorat quant à l’objectif principal de son roman — la dénonciation de la condition ouvrière —, Upton Sinclair déclarera au Cosmopolitan en octobre 1906 : « J’ai visé le cœur du public et, par accident, je l’ai touché à l’estomac. »

 

L’auteur nous conte la rapide descente aux enfers d’une famille unie que l’espoir d’une vie meilleure a conduite de la Lituanie à Chicago. Après quelques mois de répit où toute la maisonnée, ou presque, a trouvé un emploi et verse sa paye au pot commun, tout s’accélère. Prise dans les rouages d’un capitalisme débridé et sauvage — soutenu par une classe politique corrompue — où la course à la productivité est la règle et soumise à des cadences de travail infernales, des salaires de misère, la maladie et les blessures, la famille finit par perdre pied, sombre dans le dénuement et se disloque.

L’inhumanité et les magouilles règnent en maîtres dans les abattoirs de Chicago. La tyrannie exercée envers les hommes et les femmes modère jusqu’à la barbarie perpétrée contre les animaux. Ces animaux, personnages secondaires bien malgré eux, qui sont exploités, martyrisés et sacrifiés sur l’autel du profit.

Dans ce roman, qui relate à s’y méprendre la vraie vie, les animaux et les êtres humains ne sont considérés pour rien, tout juste des données variables que le capitalisme, poussé à son paroxysme, ajuste au gré de ses besoins sans aucun état d’âme.

 

Le monde dépeint par Upton Sinclair plus d’un siècle plus tôt à travers les vicissitudes de cette famille lituanienne immigrée, existe-t-il encore ? Je suis tentée de répondre oui. Plus de vingt-deux lustres sont passés et pourtant les conditions de travail dans les abattoirs restent toujours abominables, les normes sanitaires peu respectées et le traitement des animaux infiniment misérable, funeste et tragique…

À lire, absolument.

 

Source article → https://culturemergence.wixsite.com/website/accueil/la-jungle

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