Elle court, elle court, la reprise enchantée ! La Belle est comme le furet en pleine maladie d’amour…

Elle court, elle court, la reprise enchantée !

La Belle est comme le furet en pleine maladie d’amour…

Alléluia ! Hosanna au plus haut des cieux boursiers !

Ayons confiance dans les indices prévisionnels qu’on nous étale, chers salariés cocufiés et petits actionnaires en banqueroute !

Puis, surtout, prions Mammon, Veau d’or et dieu du lucre, ou autrement dit le sempiternel « Marché pur et parfait » ou encore la fameuse « Concurrence libre et non faussée ». La vraie divinité d’ici-bas porte tant de noms, comme le Diable d’ailleurs…

Ainsi la promesse du laisser-faire en son paresseux laisser-aller est sûre et solide comme une chaise en bois vermoulu. La croissance tant espérée sera évidemment de retour à la rentrée prochaine, comme on nous le chante chaque année que la providence entrepreneuriale nous accorde.

Ladite sérénade roucoulée par des « analystes objectifs » semble souvent déclamée par des muezzins en transe religieuse.

Mais au fait, qu’est-ce donc que la croissance et surtout pour qui advient-elle toujours comme le Messie ?

En vérité, la chose n’évalue pourtant que le volume des échanges monétaires et non la vraie valeur d’usage de ce qui est concrètement échangé.

Un dollar, un yuan ou un euro, ce n’est jamais qu’un chiffrage contestable (car éminemment virtuel) de l’agitation financière jusqu’au Krach final : lequel est un événement apocalyptique où les comptes numériques des banques s’effacent d’un coup et où les billets en papier filigrané ne valent guère plus que s’ils avaient brûlé tels de vils kopecks cartonnés.

Pour preuve qu’on nous raconte souvent n’importe quoi : l’Allemagne catastrophée aurait ainsi vu son PIB se contracter de 0,1 % au dernier trimestre.

Rien que cette précision est risible, car on ne peut mesurer la grosseur de la baudruche économique qu’à un, voire deux, points d’écart en plus ou en moins, tout économiste sérieux le sait très bien.

Pour ce qui est de la Chine, les estimations de croissance fournies actuellement par Pékin sont sans doute à diviser par deux au minimum. En effet, les statistiques officielles tiennent là-bas du conte de fées pour enfants benêts. Ce constat, trop peu médiatisé, explique pourtant les très nombreux troubles sociaux qui explosent dans l’empire du Milieu.

De plus, que vaut et que signifie une richesse globale qui gonfle sans cesse quand la majorité de la population voit ses revenus stagner, voire baisser ou quand sa frange la plus argentée acquiert tout un tas de babioles vite entassées dans la cave avant d’être envoyées fissa à la poubelle ?

Trésor ou déchet ? Le statut d’un objet ou d’un service n’est souvent qu’une question de point de vue. Par contre, pour l’écosystème en perte de vitesse, c’est malheureusement encore une saleté en trop qu’il ne pourra jamais recycler.

Pourquoi s’en soucier néanmoins ? Il est déjà trop tard pour sauver la faune et la flore, sans doute…

De toute façon, nous autres, les « Homo sapiens » ne vouons plus aucun culte à la nature depuis longtemps. Nous ne sommes plus que des robots enfermés dans des fourmilières faites de béton grisâtre et de ferrailles noircies. Du matin au soir ou même l’inverse, nous courons sans cesse en tous sens pour n’aller nulle part, si ce n’est peut-être pour finir au cimetière dans un cercueil en solde.

Cela donne du sens à la vie…

Croyons néanmoins avec ferveur le cantique libéral archi-rabâché en credo « scientifique » : la future mais nécessaire récession ne sera qu’une purge passagère des « canards boiteux », c’est-à-dire nous autres, les esclaves fatigués ou les complices dociles, qui sommes les éternels pigeons tournés en énièmes dindons de la farce capitaliste.

Pendant la débâcle gentiment temporaire à venir, les vautours professionnels continueront de s’engraisser et nous digéreront tranquillement en mauvais cholestérol.

N’ayons pas peur pour si peu de chose cependant et sourions tous comme si nous entrions en béatitude absolue.

Attendons encore cent mille ans et la reprise apportera enfin son bonheur consumériste pour tous. Il faut bien croire ladite messe avec ses lendemains lointains dans un Canaan merveilleux, cette contrée miraculeuse où coulent le lait et le miel, comme il est écrit dans le livre de l’Exode (3 : 8).

Certes, l’attente du paradis terrestre sera très longue et nous serons alors tous morts, mais le Marché sera heureux en son Éden désertique pour les siècles des siècles !

Trop naïfs face aux boniments des puissants et de leurs majordomes surpayés, nous ne sommes donc que des poussières destinées à l’oubli…

Amen… ton PIB menteur !

Source → Le Monde

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire