Un nouveau mot vient de voir le jour : « l’agribashing » !

Nature morte avec gibier, fruits et légumes sur un marché - 1614 / Frans Snyders – 1579-1657

Le Parlement devra bientôt se prononcer sur le nouveau projet de loi du gouvernement concernant la haine sur internet. Différentes propositions vont être soumises aux parlementaires. L’amendement nº 131 initié par Marc le Fur et une dizaine de députés a finalement été rejeté le 3 juillet 2019. Toutefois, la dérive autoritaire opérée par les partisans du mode alimentaire à l’occidentale, c’est-à-dire une portion de viande à chaque repas, n’étonne plus. Il s’agissait, ni plus ni moins, que de censurer sous prétexte « d’agribashing » les actions antispécistes que l’ensemble des filières viande et lait subissent ces derniers temps.

La volonté de certains parlementaires de nuire à la liberté d’expression de celles et ceux qui ne partagent plus leur dogme témoigne d’une détermination à empêcher toute critique systémique de l’agrobusiness et de ses différentes corporations. Qu’est-ce qui ou qui pousse donc ces députés à vouloir user du droit de censure, alors qu’il est affirmé que nous devons « respecter la liberté de chacun de consommer ce qu’il souhaite » ? La liberté que donnent les parlementaires à justifier la tradition, mais aussi la question des libertés commence là où démarre le droit. Rappelons que les éleveurs, les agriculteurs ou les propriétaires d’abattoirs sont largement protégés par le droit. Ces parlementaires demandent toujours plus de concessions quant à l’agrobusiness ; leur radicalisation est juste infernale, mais elle se situe du bon côté de la barricade. Dès lors les pouvoirs publics peuvent fermer allègrement les yeux sur ce phénomène. La censure permet de cacher ce que l’opinion ne doit pas savoir.

Dans le pays des droits de l’homme, il en va du devoir de notre République de protéger les différentes opinions. On doit pouvoir dire qu’on est contre tel ou tel mode d’exploitation, mais on doit également respecter la liberté de chacun de consommer ce qu’il souhaite et de commercialiser les produits issus de l’agriculture et de l’élevage.

En utilisant le terme « stigmatisation », les parlementaires vont jusqu’à inventer le « racisme anti-agriculteur ». Il s’agit d’une invention de l’esprit. Les faits matériels contredisent cette spéculation visant à faire passer l’agriculteur et l’ensemble de la chaîne pour des victimes. D’ailleurs, la critique que fait le mouvement animaliste s’adresse plus particulièrement au système plutôt qu’aux éleveurs et aux agriculteurs qui pourvoient les premiers en fourrage afin d’engraisser les animaux. Il n’y a pas de discrimination systémique du capitalisme vis-à-vis de ces derniers, on sent bel et bien la volonté de faire passer les tortionnaires pour les victimes d’un système. Une ironie du sort : le ministre de l’Agriculture est prêt à défendre contre vents et marées l’exploitation animale.

[La stigmatisation des] activités agricoles, d’élevage ou de vente de produits issus de l’agriculture et de l’élevage et [l’incitation] à des actes d’intrusion et/ou de violence vis à vis des professionnels de l’agriculture, de l’élevage et de la transformation et de la vente de produits de ces filières.

Les députés réclament aussi un « observatoire contre l’agribashing », mais pour quoi faire au juste ?

Ce développement de « l’agribashing » et de ses dérives n’est d’ailleurs pas nié par les pouvoirs publics puisqu’à la suite de l’agression physique d’un agriculteur en train de traiter ses cultures en mars 2019 dans l’Ain, le ministre de l’Agriculture « inquiet » des agressions qui se multiplient à l’encontre des agriculteurs a annoncé au mois d’avril 2019 le lancement d’un « observatoire contre l’agribashing », testé dans un premier temps dans la Drôme.

Le retournement de la situation tend à faire de l’agresseur une victime. Ainsi, à peine quelques litres de faux sang coloré à la betterave sont-ils déversés qu’on crie à la radicalisation, quand dans le même temps des mètres cubes de vrai sang coulent des abattoirs jusque dans les ruisseaux et les rivières et ne semblent pas choquer. Faut-il expliquer les méthodes d’abattage en vigueur ? Faut-il dire les choses honnêtement ? Alors, faisons-le ! Les animaux ont les carotides sectionnées qu’ils soient conscients ou non, c’est d’ailleurs la règle partout, même dans les abattoirs dits biologiques. Le véritable radicalisme qui se trouve du côté du spécisme se traduit finalement par la banalité et l’« invisibilisation » du meurtre et de la vente d’organes, jusqu’à sa transformation en différents produits.

Par ailleurs, depuis plusieurs mois des actions choc d’une grande violence de la part des mouvements activistes antispécistes, qui témoignent d’une forme de radicalité inquiétante se sont multipliées vis-à-vis des professionnels de la viande (éleveurs, abatteurs, professionnels de l’agroalimentaire, bouchers-charcutiers).

Nos parlementaires découvrent enfin que les militants s’organisent à travers les réseaux sociaux et les blogs… Décidément, c’est à se demander s’ils vivent avec leur temps et ne sont pas tout droit sortis du XIXe siècle, qu’ils regrettent peut-être d’ailleurs.

Bien souvent ces actions ont été suscitées, organisées, puis diffusées à partir des réseaux sociaux et des sites internet de ces mouvements activistes.

Les parlementaires s’autoproclament censeurs ? Ils pourront bien supprimer les blogs, les posts, les tweets…, jamais dans l’histoire, entendez-vous, la censure n’a permis de détruire une idée notamment quand son heure est venue. Comme l’a si bien dit Victor Hugo : « On résiste à l’invasion des armées, on ne résiste pas à l’invasion des idées ».

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