Le duel Bardella/Loiseau : les deux jambes du libéralisme

La campagne pour les Élections européennes est terminée. Les militants des partis politiques ne doivent plus faire de propagande afin de laisser les électeurs faire leur choix quant au bulletin de vote qu’ils vont retenir le 26 mai prochain. Toutefois, cette campagne aura été menée, comme d’habitude, de façon insidieuse par le pouvoir en place en promouvant le « vote utile ». Ce stratagème on ne peut plus éculé a encore une fois été repris à l’envi par l’ensemble de la presse dominante qui a tenté de faire croire qu’il s’agissait d’un scrutin à deux tours alors que, dans les faits, on a affaire à un scrutin proportionnel avec un seuil de 5 %. Les électeurs sont appelés, non pas à faire barrage à l’extrême-droite, mais à voter pour la liste de leur choix.

Dans le cadre de la campagne, il faut souligner que Révolution et Libertés n’est rattaché à aucun parti politique et n‘en soutient aucun. Dès lors, nous avons notre liberté pleine et entière pour nous exprimer sur les sujets politiques de notre choix. Il s’agit d’un petit rappel pour éviter toute confusion quant à nos articles. On s’engage également à ne pas faire de promotion d’un parti politique afin de satisfaire le code électoral.

Si le vote macroniste était un rempart contre l’extrême-droite, notre président ne soutiendrait pas son homologue indien qui n’est rien d’autre que le représentant du nationalisme indien. Cette contradiction soulève de nombreuses questions : les partisans d’Emmanuel Macron taclent les nationalismes dans l’Union européenne, mais soutiennent les nationalismes lorsqu’ils sont en dehors de l’Union européenne. De même, il paraît qu’Emmanuel Macron se bat pour un libéralisme ouvert, mais soutient l’ultralibéralisme des autres pays. Le parti présidentiel n’est plus à une contradiction près. Qu’est-ce que cela démontre ? Que le parti d’Emmanuel Macron n’est pas le rempart — tant vanté — contre l’extrême-droite.

Dans les sondages  qu’il faut prendre avec des pincettes comme nous l’a révélé le cas hollandais : l’extrême-droite était donnée gagnante, c’est pourtant le PvDa (les travaillistes) qui est arrivé en tête du scrutin… —, le Rassemblement national n’a jamais été aussi élevé. La stratégie du « vote utile » semble avoir fait son temps. Pire, Emmanuel Macron n’a fait que  renforcer la dynamique nationaliste. De même qu’on nous vante l’Europe sociale depuis près de 30 ans, pour l’instant, nous n’avons vu que l’Europe libérale.



Dans le même temps, le chômage baisserait selon la définition du BIT, alors que d’après les statistiques de Pôle-emploi, celui-ci n’a jamais été aussi élevé. Nathalie Loiseau se targue d’avoir créé près de 500 000 emplois grâce aux réformes structurelles du marché du travail initiées par l’actuelle majorité. Pourtant, une autre lecture est à faire : il s’agit de contrats précaires et souvent en CDD de moins de 76 h mensuelles. Autant dire que les ordonnances Macron n’ont développé aucun emploi durable à temps plein. Nous assistons à la mise en place de mini-jobs comme chez nos voisins allemands, sauf qu’ici ces derniers sont soumis à cotisations sociales ce qui n’est pas le cas outre-Rhin. Les travailleurs allemands n’ont droit ni à la sécurité sociale, ni à l’assurance-chômage, ni au droit à la retraite.

Bardella et Loiseau sont les deux jambes du néolibéralisme. L’un est eurosceptique, l’autre est europhile, l’un est pour un national-libéralisme, l’autre pour le libéralisme européen, mais les deux combattent les intérêts des travailleurs. Il s’agit donc de deux mouvements de droite. De même, le paternalisme de Nathalie Loiseau vis-à-vis des autres partis politiques est vraiment condescendant. En effet, en l’écoutant, il semblerait que les autres candidats soient sous la jupe du leader du parti ou du mouvement auxquels ils appartiennent. Il s’agit de s’opposer au féminisme et de défendre le patriarcat. Or, les droits des femmes n’ont jamais été autant attaqués par ces temps sombres.

Emmanuel Macron a pris la parole pour affirmer que ce serait : « nous ou le chaos ». Force est de constater que le chaos est déjà présent depuis près de six mois avec les manifestations des Gilets jaunes.



L’extrême-droite est également accusée d’avoir détourné de l’argent du Parlement européen et d’avoir utilisé ses assistants parlementaires à d’autres fins que celles de l’Europe. On retrouve parmi eux Jordan Bardella. On se souvient tous de l’affaire Fillon, cette dernière avait éclaboussé ce dernier lors de la campagne pour les élections présidentielles de 2017. Or, l’affaire Bardella s’inscrit dans cette ligne. On peut dire sans se tromper qu’il s’agit d’une « Affaire Fillon +++ ». Toutefois, la presse ne s’est pas accaparée ce scandale pour pousser à la démission du candidat nationaliste comme elle avait essayé de le faire pour François Fillon. On peut légitimement se demander pourquoi la presse est aussi laxiste avec le Rassemblement national. Dans l’hypothèse — plausible — où Emmanuel Macron viendrait à rater son quinquennat, la presse est donc prête à soutenir le système. Dans les pays où les alliés de Marine Le Pen ont accédé au pouvoir, comme en Autriche ou en Hongrie, l’extrême-droite essaye de limiter la liberté de la presse tout en tentant d’acheter les titres des principaux journaux afin que ceux-ci aient le même rôle que La Pravda. Un jeu bien dangereux pour la démocratie.

Pour que l’espoir revienne, il semble nécessaire que les scores des trois partis les plus libéraux soient le plus bas possible.



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