Qu’est-ce qui se cache derrière l’aide humanitaire de Juan Guaidó ?

Juan Guaidó a tenté d’envoyer une aide humanitaire à la frontière avec la Colombie et du Brésil. Le pays est confronté à une vaste crise économique et politique. Les différents coups d’État, ces dernières années, de l’opposition ont été déjoués par Caracas. Sur un fond de bonnes intentions pour venir en aide à la population vénézuélienne se cache une opération politique et dangereuse en Amérique latine.

Un pays ne peut avoir deux présidents à sa tête, pourtant, c’est le cas du Venezuela. L’un a été élu démocratiquement, l’autre s’est autoproclamé président du Venezuela comme s’il était un roi. Juan Guaidó avait l’interdiction de quitter le territoire, mais il s’est réfugié en Colombie près du très à droite président Iván Duque. Dans une dictature digne de ce nom, ce dernier n’aurait pas pu quitter librement le pays. Iván Duque est très critique vis-à-vis de Nicolas Maduro. Sans aucun doute, Juan Guaidó n’a toujours pas avancé un plan pour redresser le pays de la situation catastrophique dans laquelle il se trouve. Ce n’est pas l’aide humanitaire qui va permettre de résorber les différentes pénuries qu’elles soient alimentaires ou médicamenteuses. Le Venezuela n’a pas besoin de faire l’aumône pour survivre. Il s’agit d’une manœuvre pour démontrer que le Venezuela n’est pas capable de nourrir sa population. Il s’agit d’une opération de communication pour Juan Guaidó sur le plan international puisqu’il savait que l’aide humanitaire ne passerait pas la frontière.

Le pays a besoin d’une situation stable pour affronter les problèmes auxquels il est confronté. Le cadre actuel ne favorise pas les solutions pour se sortir d’une telle crise. Au contraire, il renforce la crise en lui donnant un caractère géopolitique. Les différents pays impérialistes font pression sur Nicolas Maduro pour qu’il démissionne. Cette ingérence, orchestrée par les États-Unis d’Amérique, reste très périlleuse pour le groupe de Lima, mais aussi pour les Occidentaux. De plus, les sanctions économiques imposées par Washington impactent considérablement l’économie du Venezuela. Donald Trump peut soutenir le peuple vénézuélien, mais il est un des responsables de la situation actuelle. Pour aider le Venezuela, Donald Trump doit lever toutes les sanctions économiques, diplomatiques et le blocus. En le poursuivant, il pratique un double jeu.

Le pays est menacé d’une guerre pour officiellement rétablir la démocratie. Dans les pays où les Etats-unis d’Amérique et les différentes coalitions internationales ont voulu restaurer, cela s’est transformé en véritable cauchemar. En Irak, l’opération Aube Nouvelle a fait plus d’un million de morts et a enfanté Daesh. Beaucoup de personnes ont compris que la solution militaire risque de se confronter aux Colectivos, aux FARC et à l’armée du Venezuela et de créer une situation encore plus anomique qu’actuellement. Puis, ce n’est pas sûr qu’à long terme, les Occidentaux réinstaurent une démocratie. Au contraire, il y a un risque de guerre civile pouvant aggraver les conditions de survie de la population. Puis ce n’est pas pour autant que la démocratie sera rétablie. De plus, une telle guerre aurait une incidence sur les autres pays avec la remise sur pied des guérillas paramilitaires. La Colombie risque de payer très cher les conséquences d’autant que l’accord avec les FARC se passe très mal. Quant au Brésil, le pays ne partage pas l’idée d’une telle action. Cela nuirait à la réputation de Jair Bolsonaro, mais aussi à son économie qui pourrait se transformer en économie de guerre avec une intervention de l’État totalement contraire aux actuelles aspirations ultralibérales.

Juan Guaidó aurait pourtant un intérêt à s’asseoir à la table pour des discussions sérieuses avec Nicolas Maduro afin qu’ils trouvent ensemble une solution à l’hyperinflation et à la crise économique. La stratégie de Juan Guaidó ne peut qu’amener davantage de sang dans un pays déjà au bord du chaos. Ce n’est pas de cette manière que le Venezuela surmontera ses difficultés et renouera avec la croissance et la prospérité. Au contraire, un conflit au sein de la société risque davantage de générer une crise plus profonde. Juan Guaidó a déclaré qu’il ne veut pas de « faux dialogue » à propos d’une réunion qui aurait lieu entre lui et Maduro. La situation sur le plan diplomatique semble coincée. Pourtant, sans un dialogue approfondi entre les deux parties, la crise politique se poursuivra et, au final, c’est le peuple vénézuélien qui trinquera.

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