Le Salon de l’agriculture : dernier tour de piste pour les condamné·e·s

Cette semaine, comme chaque année, se tient à Paris, le Salon international de l’agriculture. Cette opération de communication a pour but de présenter au public bovins, ovins, caprins, porcins, équins, animaux de basse-cour…, fruits et légumes, savoir-faire et produits du terroir sous leur meilleur jour. Les badauds s’y rendent en famille surtout pour y voir et y caresser les bêtes, inconscients que ce sont celles qu’ils mangeront sous forme de produits laitiers, de viande ou de charcuterie quelques jours ou semaines plus tard. Il y a plusieurs centaines d’années, ce n’était pas des zoonimaux, mais des esclaves, des Noirs ou des « sauvages » qui, parqués dans des enclos, étaient ainsi humiliés à la vue de tous. L’animal a remplacé l’exotique étranger.

Pour sa 56e édition, le nombre de visiteurs qui parcourront les allées de cette grand-messe de la ruralité devrait avoisiner les 700 000. Il s’agit pour les éleveurs et cultivateurs d’un rendez-vous de la plus haute importance puisqu’il est question de la plus grande manifestation agricole française, mais aussi européenne. En effet, ce rendez-vous à ne pas rater s’apparente d’une certaine manière à une immense opération de marketing organisée par le Centre national des expositions et concours agricoles (CENECA) et le ministère de l’Agriculture. On y fait défiler comme de vulgaires marchandises charolaises, bleues du Nord, porcs gascons, oies de Bresse, etc. On les fait tourner et retourner devant un public abruti et ébahi par ces animaux qu’il ne rencontre plus que sous forme de barquettes.

Rituel oblige, le président de la République se rend tous les ans à cette manifestation qui a lieu au parc des expositions de la Porte de Versailles. Emmanuel Macron n’a pas échappé à la règle. Ce fut l’occasion pour lui de serrer des mains à la pelle et d’afficher son soutien aux agriculteurs qui sont nombreux à être en grande difficulté. Pour redorer son blason — ce qui est bien utile en pleine crise des Gilets jaunes — il est allé de stand en stand goûter aux différents produits et témoigner de sa proximité avec la France rurale et de son attachement aux produits du terroir.

Le coût d’un emplacement coûte entre 30 000 et 250 000 euros 1)Eric de La Chesnais, « De 30.000 à 250.000 euros, le coût d’un stand au salon de l’agriculture », Le Figaro, le 4 février 2016, consulté le 24 février 2019, [En Ligne], URL : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/03/03/20002-20160303ARTFIG00396-le-vrai-prix-d-un-stand-au-salon-de-l-agriculture.php . Autrement dit, ce ne sont pas les VRAIS paysans qui exposent dans ce salon, mais les agriculteurs issus de grandes exploitations brassant des sommes colossales. Ce n’est pas la France rurale qui est ici représentée, mais bien les industries agricoles. Ainsi, on peut émettre l’hypothèse que le Salon est noyauté par la FNSEA et la CR.

Mais si cette foire « représente » le monde agricole, qu’en est-il des zoonimaux terrifiés — stressés par cette vague humaine incessante, bruyante et irrespectueuse —, et qui — entravés, drogués et privés de liberté de mouvement — sont contraints de subir, pour le plus grand plaisir des promeneurs, flatteries, accolades et caresses ? Les antispécistes entendent les défendre et faire porter leur voix afin de les rendre enfin visibles aux yeux de tous. Les zoonimaux ne sont pas des marchandises, mais des êtres vivants et sensibles ! C’est pourquoi, en 2017 sur le salon de Tarbes, le collectif boucherie abolition 2)https://www.lasemainedespyrenees.fr/2017/03/11/tarbes-des-vegans-l-214-sinvitent-au-salon-de-lagriculture/ a créé un happening où, torses nus et enchaîné·e·s, les militant·e·s ont protesté contre le spécisme décomplexé affiché par ces mascarades annuelles. Dénoncer la supercherie que représentent ces expositions qu’elles soient nationales ou régionales est un devoir. L’image renvoyée par ces salons ne reflète absolument pas la réalité de ce que les zoonimaux vivent au quotidien. C’est une vitrine où, pour une fois, ils sont bichonnés, lavés, rasés, brossés afin que nous croyions au conte de fées de l’éleveur aimant

La vérité est tout autre. Il n’y a pas d’amour, même pas d’amitié de la part des éleveurs pour leurs marchandises. Sinon, comment feraient-ils pour se séparer de leurs compagnons de route à deux ou quatre pattes en sachant qu’ils seront assommés ou pas, électrocutés ou mal, asphyxiés ou mal, égorgés, saignés, tronçonnés, débités et dispersés aux quatre coins de France et d’ailleurs pour se retrouver sur les étals des bouchers ou dans les supermarchés ? Hein ! comment serait-ce possible ? À moins que les éleveurs ne soient de grands schizophrènes… Donc, dès que le salon sera terminé, la plupart des zoonimaux présents seront reconduits dans leurs élevages hors-sol où ils seront à nouveau enfermés dans des hangars borgnes et puants. Une fois de plus, ils survivront entassés les uns sur les autres dans leur merde jamais nettoyée.  En fin de course, TOUS les zoonimaux de l’exposition termineront à l’abattoir, aucun n’en réchappera. Les stars du show médiatique finiront toutes en quartiers.

Une question se pose : pourquoi le secteur de l’élevage n’ouvre-t-il pas les portes de ses exploitations et de ses abattoirs ? Pourquoi continuer à tromper les gens ? En effet, il semble logique que le consommateur amateur de chair animale soit pleinement informé de la façon dont les zoonimaux sont exploités, abattus et dépecés avant qu’ils ne se transforment d’un coup de baguette magique en bifteck. Pour pouvoir apprécier la vraie saveur du morceau de viande dans son assiette, ne faut-il pas assumer la manière dont sont maltraités les zoonimaux ? Assez des jolies histoires pour enfants qui sont véhiculées par les publicités ! Nous ne voulons plus de Martine à la ferme, mais la vérité.

Notes   [ + ]

1. Eric de La Chesnais, « De 30.000 à 250.000 euros, le coût d’un stand au salon de l’agriculture », Le Figaro, le 4 février 2016, consulté le 24 février 2019, [En Ligne], URL : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/03/03/20002-20160303ARTFIG00396-le-vrai-prix-d-un-stand-au-salon-de-l-agriculture.php 
2. https://www.lasemainedespyrenees.fr/2017/03/11/tarbes-des-vegans-l-214-sinvitent-au-salon-de-lagriculture/
A propos Caroline Fouchard 73 Articles
Fuck la Propriété Privée

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