A-t-on besoin d’une loi pour réprimer l’antisionisme ?

Face à la vague antisioniste qui depuis de nombreuses années déferle à l’endroit d’Israël, certains députés avancent l’idée de créer une loi pour sanctionner l’antisionisme. De nombreux militants antisionistes y voient un moyen de censure contre leurs idées politiques de la part des élus de la République. Dans un contexte de hausse de l’antisionisme, réprimer l’antisionisme comme une transformation de l’antisémitisme, peut faire son bout de chemin et se matérialiser en un projet ou proposition de loi.



J’entends déjà les militants de la « cause palestinienne » hurler à la censure, mais le sionisme est justement l’idée que les juifs en tant que peuple ont le droit à une patrie et à l’autodétermination. Historiquement, Israël est le berceau du judaïsme et du peuple juif. Remettre en cause Israël à travers un antisionisme plus ou moins radical revient à affirmer que les juifs n’auraient pas le droit à l’autodétermination. Les leitmotiv sont nombreux.

Dans l’histoire, il y a eu des mouvements antisionistes juifs comme le Bund qui refusaient de faire l’Alyah malgré l’antisémitisme de cette époque, notamment en Europe de l’Est, dont une grande partie de la population juive était présente. D’ailleurs le mot Pologne vient de l’hébreux Polin et Polania selon quelques historiens. Cela voulait dire que les juifs étaient bienvenus en Pologne. Sans la Shoah, la Pologne aurait pu devenir la patrie des Ashkénazes. Aujourd’hui, il ne reste plus que cinquante mille juifs en Pologne contre plus d’un million avant l’Holocauste.



Il existe des sectes comme Neturei Karta qui refusent l’idée de la création d’Israël basée sur les textes religieux, ce sont des juifs extrémistes ultra-orthodoxes. On notera qu’elle est proche de la sphère Soral-Dieudonné et n’hésite pas à soutenir l’Iran et les politiques négationnistes.

On rétorquera aussi qu’il existe des associations comme l’UJFP (Union Juive Pour la Paix) qui sont profondément antisionistes. D’ailleurs, en allant jusqu’au fond de l’idée, en se disant antisioniste, les membres de l’UJFP refusent la légitimité d’Israël. Ils n’hésitent pas à soutenir le « Boycott, Désinvestissement, Sanction », dont l’objectif est de détruire Israël économiquement. Mais dans le même temps, ils veulent une solution de paix. Cette association n’hésite pas à défiler à côté du Parti des Indigènes de la République connu pour son antisémitisme virulent avec à sa tête Houria Bouteldja.

Ils servent de cache à l’idée sous-jacente que l’antisionisme ne serait pas antisémite puisque certains juifs seraient eux aussi antisionistes. Pourtant il s’agit bien d’une minorité. Quelle solution de paix si c’est refuser la solution à deux états comme le fait le Likoud et consorts ?



Il y a une confusion manifeste entre l’antisionisme et la critique du régime politique actuel. En effet, on peut clairement condamner la politique du Likoud — notamment sa politique coloniale — et soutenir la légitimité d’Israël.

Depuis 1948, Israël est un état démocratique reconnu par la quasi-totalité des pays de l’ONU. Historiquement, la France a aidé les sionistes à bâtir leur propre état, notamment à travers la Corse qui armait les indépendantistes. La Corse a une longue tradition avec les juifs et Israël. Or, cette focalisation du rejet de l’autodétermination des juifs s’inscrit typiquement dans un antisémitisme de nouvelle génération qu’on le veuille ou non.

Une loi sur l’antisionisme permettrait de préciser la très vague définition de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale pour la Mémoire de l’Holocauste (IHRA) et adoptée par le Parlement européen le 1er juin 2017 (résolution2017/2692(RSP))   : « L’antisémitisme est une certaine perception des juifs, qui peut s’exprimer par la haine envers les juifs. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme sont dirigées contre des personnes juives ou non-juives et/ou  leur  propriété, contre  les  institutions de  la  communauté juive  ou  les lieux religieux ». L’élargissement de la loi actuelle permettrait de sanctionner de nombreux propos qui incitent à la haine, mais aussi de faire une différence juridique entre le droit à critiquer Israël comme on peut critiquer la France et le fait de considérer que les juifs n’ont pas le droit à l’autodétermination.

De nombreuses personnalités politiciennes sont sceptiques sur les effets et les conséquences d’une telle mesure législative. En effet, ils craignent que cela augmente le nombre d’actes antisémites et que les antisionistes pensent que la France est dirigée par des sionistes. Il s’agirait de revenir à la terminologie type que l’on a connue sous Édouard Drumont, ce ne serait plus la France juive, mais la France sioniste. Certains penseront aussi que c’est le CRIF qui ferait pression pour que le Parlement adopte une telle loi aboutissant à une augmentation des slogans comme « séparation du CRIF et de l’État ». Dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes, il y a un risque que l’antisémitisme augmente avec cette nouvelle loi.



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