Le proto-fascisme des Gilets jaunes

Il paraît que les Gilets jaunes sont non-violents, acceptent le débat, la pluralité des idées, mais tout cela se résume à une fake-news. Au départ, j’ai soutenu ce mouvement dit apolitique, j’ai écrit des articles dessus. En bref, j’ai essayé d’analyser cette mobilisation avec les outils matérialistes dont je disposais. Mais j’avais oublié le livre de Zeev Sternhell Ni droite, Ni gauche. L’apolitisme ne pouvait que déboucher sur un mouvement réactionnaire et fasciste, bien que, en surface, les revendications sociales soient légitimes.



Certaines personnes ont comparé le mouvement des Gilets jaunes à Nuit debout. Elles se sont trompées. À Nuit debout, il y avait une volonté de réinventer le contrat social tout en s’opposant à la Loi El-Khomri. Il y avait une ambiance clairement alter et anticapitaliste. Or, dès le départ, le mouvement des Gilets jaunes a voulu fédérer les Français peu importe leur orientation politique acceptant l’idée qu’il puisse y avoir une société en mouvement allant de l’ultra-gauche à l’ultra-droite. Matériellement, cette disposition à vouloir fédérer des personnes aux idées antagonistes ne pouvait déboucher sur un mouvement solide et structurer. Ceux de droite défendent les thèses néoclassiques et ceux de gauche défendent les thèses keynésiennes. Dès lors ce paradoxe s’est creusé de plus en plus au point que le mouvement des Gilets jaunes est devenu du grand n’importe quoi. Ils veulent changer la société, mais ne sont pas d’accord entre eux.

Dans la construction du mouvement, on pourrait citer Zeev Sternhell :

« La volonté de rupture de l’ordre libéral est le fil conducteur qui unit la révolte boulangiste des blanquistes, anciens communards et radicaux d’extrême-gauche, à celle, fascisante ou déjà pleinement fasciste, des néo-socialistes, des frontistes ou des hommes du parti populaire français. Pour les uns comme pour les autres, ce qui compte véritablement, ce n’est pas la nature de la révolution, mais le fait révolutionnaire. Pour les uns comme pour les autres, la nature du régime qui succédera à la démocratie libérale importe beaucoup moins que la fin de cette même démocratie libérale. »



Lorsque Alain Finkielkraut se fait insulter de « sale sioniste de merde », il semble nécessaire de combattre l’antisémitisme où il se trouve. De nombreux « gilets jaunes » ont vu dans cette scène un complot du gouvernement visant à discréditer les « gilets jaunes ». D’autres croient à la manipulation des différents ministres pour faire couler le mouvement. De telles idées ont leurs ancrages dans le complotisme. Selon une étude de la Fondation Jean Jaurès, un Gilet jaune croit à au moins une théorie du complot.

J’ai écrit un article sur ce sujet puisqu’au-delà du sionisme en tant qu’idéologie, ce sont bien les Israéliens et en conséquence les Juifs. Je suis un sioniste communiste partageant les Kibboutzim. Aujourd’hui, Israël n’a plus rien à voir avec le projet original. De nombreuses personnes rendent hommage à Herzl comme à travers le « mont Herzl » : il s’agit d’un cimetière à l’Ouest de Jérusalem, mais combien de personnes ont oublié le fond de sa pensée dans le Judenstaat ? Dans le fond, il s’agit de remettre le droit à l’autodétermination sur le devant de la scène. Pourquoi les Juifs n’auraient pas le droit à leur État et les Palestiniens pourraient disposer d’eux-mêmes ? Il faut tendre la main entre Israël et la Palestine pour arriver à des accords de paix comme ce fut le cas à Oslo dans les années 1990. Il faut prendre des risques comme l’a fait Yitzhak Rabin au péril de sa propre vie. On peut tout à fait défendre le sionisme « herzlien » et combattre le sionisme promu par Benjamin Netanyahou et consorts. En effet, il existe un sionisme de gauche laïc, un sionisme colonialiste de droite et un sionisme religieux. Ne pas faire la différence en mettant tout le monde dans le même panier revient à mettre en avant une méconnaissance de la situation politique israélienne.



Ainsi lorsque Tata Yoto, un courageux sous pseudonyme m’écrit que « toi, c’est sûr qu’il faut t’exterminer par contre ». J’ai diffusé dans la foulée son message sur Twitter. Un camarade m’a répondu que « j’ai comme un pressentiment concernant le sujet d’origine ». Il avait raison, c’était bien le conflit israélo-palestinien et la question du sionisme. En France, on ne peut débattre sereinement sans s’attirer les foudres de ceux qui ne sont pas d’accord. Sauf qu’avec les Gilets jaunes, ce désaccord se renforce et se démultiplie par des actes de haine. Ils peuvent critiquer les « foulards rouges », mais ils sont pareils. Ils ont une répulsion extrêmement violente envers ceux qui ne sont pas d’accord. De plus dans une conversation concernant l’antisémitisme, un sujet très important, le terme « extermination » évoque immédiatement la Shoah, mais aussi le totalitarisme hitlérien. En d’autres termes, il s’agit d’un  « point Godwin » dissimulé. Autrement dit la personne a besoin de faire référence au génocide pour argumenter. Il est en bout de course.

Les personnes comme Tata Yoto souhaitent m’assassiner, mais d’autres personnes et moi partageons les valeurs keynésienne, marxiste et humaniste. Je souhaite me dissocier de ce mouvement proto-fasciste. La lutte des classes semble prendre tout son sens. Elle se fera à travers les syndicats qu’ils croient en eux ou non.



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