Quel avenir pour les Gilets jaunes ?

Le mouvement des Gilets jaunes semble, au fur et à mesure que les semaines passent, perdre la bataille de l’opinion. Selon un sondage Elabe pour BFMTV, 56 % des Français interrogés souhaitent un arrêt de la mobilisation. En effet, les samedis se succèdent les uns aux autres, la mobilisation se poursuit et lasse. Les Gilets jaunes semblent déterminés et « s’auto-radicalisent ». Il y a un mouvement prêt à aller jusqu’au bout face à un gouvernement prêt à suivre la même voie pour mettre en place ses « contre-réformes ».



La structuration des Gilets jaunes est en train de s’« éparpiller […] façon puzzle » pour reprendre une célèbre réplique des Tontons flingueurs écrite par Michel Audiard. Les Gilets jaunes se dispersent doucement dans de nombreux groupes. L’idée d’un fédéralisme par le bas ne semble pas être une idée neuve, mais encore faut-il que les leaders puissent être élus au suffrage démocratique pour pouvoir avoir la légitimité de s’exprimer au nom des Gilets jaunes. Actuellement, le leadership des représentants s’inscrit dans une logique typiquement darwinienne. Or, le « darwinisme social » que Malthus avait mis en avant pour mettre en place le « libéralisme victorien » s’ancre doucement dans le mouvement des Gilets jaunes. Il s’agit là d’une ironie puisque c’est exactement ce que fait le gouvernement avec la question des aides sociales en voulant responsabiliser les personnes bénéficiaires en leur demandant une action en faveur de la société.

L’assemblée des assemblées des Gilets jaunes à Commercy aurait dû désigner les porte-parole du mouvement, mais aussi les responsables au niveau national. Nous aurions eu une démonstration d’un vrai processus démocratique mettant une claque aux autres partis politiques dont les manœuvres politiciennes sont omniprésentes. Pourtant, nous avons assisté uniquement à la rédaction d’un texte unique. Dans le même temps, la fédération des Gilets jaunes a créé son propre journal sans que cela soit décidé en assemblée générale, le premier numéro étant disponible dans les kiosques à journaux.



Dans le même temps, il y a une volonté de créer un parti politique ou une liste pour les élections européennes. C’est une étape importante puisque cela renforcera ou pas le pouvoir d’Emmanuel Macron dans sa crédibilité à poursuivre les réformes. De plus, le scrutin est à la proportionnelle sur l’ensemble du pays. Ce qui veut dire que chaque vote compte pour l’obtention d’un fauteuil au Parlement européen. C’est dans cette assemblée que se décident les différentes directives qui doivent être transcrites dans le droit national. Il s’agit d’une élection importante dont les conséquences seront nationales. Une majorité libérale proposera la poursuite des directives néolibérales alors qu’une majorité keynésienne proposerait de remettre en cause l’ensemble des différents dogmes par une relance économique de la part de l’Union européenne. Sans la mise en application de la Théorie Générale de Keynes au niveau supranational, le pays sera coincé par le choix entre : le libéralisme d’un côté et le populisme de l’autre (même si le libéralisme est un populisme).

Il s’agit d’une stratégie comme une autre, mais elle risque d’affaiblir les partis d’opposition qui portent des valeurs humanistes, sociales et keynésiennes. Il semblerait logique que les représentant·e·s auto-proclamé·e·s donnent leur point de vue pour ceux qui les suivent. Les revendications peuvent s’intégrer parfaitement dans certaines politiques. Quand bien même ces dernières subissent une défiance importante, ce sont des organes démocratiques participant à la vie de la cité.



Il convient de faire converger le mouvement ouvrier et le mouvement des Gilets jaunes afin que ce dernier puisse entrer dans les entreprises pour demander une hausse des salaires de manière massive. Les néolibéraux ne sont pas d’accord avec la relance par la demande. Ils considèrent que le chômage structurel est dû à un salaire minimum trop élevé. On l’a bien vu en Grèce où le salaire a baissé de 22 % (avant le gouvernement de Tsipras décidé d’augmenter le salaire de 11 %), le chômage a augmenté de façon crescendo au point de dépasser les 25 %, cela a impacté de nombreuses entreprises qui ont fait faillite du fait de la baisse généralisée des carnets de commandes. Dans le même temps, le mouvement des Gilets jaunes a démontré aux artisans et commerçants, TPE, PME/PMI que lorsque le carnet de commandes s’effondre, il y a un risque de faillite pour ces entreprises. Cela rejoint parfaitement la théorie de Keynes.

Dans les faits, si la crise économique qui induit un chômage de masse est liée à un salaire trop faible, même en baissant les cotisations sociales, les différentes taxes et les différents impôts ce qui crée une « dévaluation interne » faisant baisser le prix du produit et le rendant plus attractif, le carnet de commandes restera le même puisque les salaires en apparence n’augmenteront pas. Cet outil a été utilisé par l’Allemagne avec les Lois Hartz durant l’expansion économique. Si l’Allemagne possède le plein-emploi. Les dévaluations internes affaiblissent les investissements publics entraînant la vétusté des infrastructures qui nuisent à la compétitivité du pays. Au moment où le taux de chômage dans la zone Euro est de 7,9 % pour l’année 2018, une dévaluation monétaire pourrait permettre d’atteindre plus rapidement le plein-emploi dans la zone Euro. Mais cette solution n’est pas retenue pour ne pas « froisser » Angela Merkel et consorts.

Je sais que de nombreux Gilets jaunes ne font plus confiance à l’Union européenne et qu’ils pensent qu’il faut sortir des traités pour créer une coopération européenne plutôt qu’une mise en concurrence des États les uns avec les autres, à l’instar de la monnaie unique. Pourtant, on le voit bien, le Royaume-Uni — avec le Brexit — en voulant sortir de l’Union européenne avec sa propre monnaie connaît de nombreux déboires. Le capitalisme est complètement compatible avec une monnaie nationale, tout comme avec un « libéralisme à la carte ».



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