Faut-il produire la richesse avant de la redistribuer ?

Les néolibéraux comme Bruno Le Maire répètent en boucle « avant de redistribuer la richesse, il faut la produire », alors que les keynésiens et les marxistes disent qu’il faut « d’abord redistribuer la richesse existante et la produire après ». Ce sont deux mondes qui s’affrontent : la politique de l’offre et la politique de la demande. Au moment où la crise économique prévue vers 2020 se rapproche doucement, il semble nécessaire d’analyser en profondeur ce que veut dire la phrase des néolibéraux.



Les néolibéraux essayent de redistribuer la richesse après sa création en affirmant que l’on ne peut pas redistribuer la richesse sans l’avoir créée. Cet argument a permis la suppression partielle de l’ISF, la flat-tax, la hausse de la CSG, la baisse des cotisations sociales, la baisse de l’impôt sur les sociétés. On se croirait dans un pays pauvre où il n’y a pas de richesses. Pourtant, la France est la sixième économie mondiale avec un PIB avoisinant les 2 282,8 Mds d’euros. Ce dernier n’a jamais été aussi élevé. La richesse s’accroît et l’accumulation du capital progresse de plus en plus. Les entreprises n’augmentent pas pour autant leurs investissements. De plus, les économistes hétérodoxes sont unanimes, les inégalités sociales empêchent la richesse de s’accroître, mais aussi cela pénalise la productivité des entreprises. Les salaires bas entretiennent le « turn-over » dans les entreprises. Ces dernières sont obligées sans cesse de former de nouveaux employés. La théorie du « fordisme » permet pourtant d’éviter le « turn-over » en diminuant le temps de formation et en accroissant la productivité et par conséquent les bénéfices des entreprises, ce qui, au final, permet de dégager d’avantage de richesses au niveau national avec un effet domino. Le salaire est vu par les économistes orthodoxes comme un coût en tenant compte des cotisations sociales. Ils espèrent qu’en baissant les cotisations sociales salariales et patronales, on augmente le « salaire net », mais ces allègements détruisent ce qu’on appelle le « salaire différé » avec des conséquences sur la Sécurité Sociale et l’Assurance-Chômage. Si le pouvoir d’achat augmente effectivement, il diminue avec la disparition de la Sécurité Sociale au profit des assurances et des mutuelles ; il en va de même avec la baisse des indemnités de l’Assurance-Chômage. D’autant que les mesures prises sur les règles de fonctionnement de l’Assurance-Chômage risquent de diminuer la productivité des employés et par conséquent risque de pénaliser la richesse nationale.



Une politique de relance de la consommation par la demande doit rester un investissement étatique pour stimuler l’économie en remplissant les carnets de commandes ; il en va de même de la productivité des entreprises limitant le « turn-over ». Le gouvernement affirme que les « coups de pouce » sur le SMIC détruisent des emplois, mais ce qu’il ne dit pas, c’est que la hausse des salaires se répercute sur les prix et génère une inflation. L’inflation est bonne dans la mesure où la masse monétaire s’accroît et cela permet de générer d’avantage de recettes fiscales. Le « petit-Poucet » qu’est le Portugal l’a bien compris. Sa politique de relance a permis de résorber le chômage, d’augmenter la productivité et d’arriver à un quasi-équilibre des comptes publics en un temps record par rapport aux politiques néolibérales. On peut dire que le gouvernement se trompe dans sa manière de raisonner. Il y a plein d’alternatives au néolibéralisme. Les programmes des partis et mouvements politiques qui prônent la politique de relance par la demande sont sur la bonne voie et démontrent que la redistribution de la richesse avant qu’elle soit produite n’est pas une idée idiote. Elle a été théorisée par Keynes et a fait ses preuves sur l’ensemble du globe.



Ce n’est pas parce que lors des dernières élections dans le monde Trump et Bolsonaro — deux piliers de l’ultralibéralisme — ont été élus que la raison est forcément de leur côté. Si leurs économies sont en pleine expansion, c’est que le contexte économique est prospère même si les bourses stagnent et ont tendance à baisser. On peut dire aussi que les politiques visant à libérer le marché ne fonctionnent qu’en période d’expansion et pas dans les circonstances de récession. De plus, la croissance ne permet pas toujours de créer des emplois dans la mesure où les entreprises augmentent leur productivité. Ce qui fait que la France malgré sa bonne croissance n’arrive pas à créer des emplois. La période de récession semble passer, mais elle est toujours présente. Il faut au contraire interdire les licenciements et créer une transition écologique par une politique de la demande. Dans ce cadre, les emplois seront créés et les effets néfastes sur le climat comme les gaz à effet de serre diminueront. Autant dire qu’il s’agit d’un cercle vertueux allant dans le sens de l’intérêt général.



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