Uber, Delivroo et Just Eat : l’enfer du micro-entrepreneur

Des membres du CLAP manifestant à Paris

On peut dire que dans la grande majorité, on ne peut pas vivre dignement en tant qu’auto-entrepreneur. Alors, on peut dire que le monde du « micro-entrepreneur » reste une utopie libérale. Ils considèrent ce modèle comme un progrès majeur dans le monde de l’entreprise. Ce qui apparaît comme naturellement faux, au contraire, il s’agit de créer une dystopie de fond.

Ce modèle possède des défauts. Il permet de faire passer un « auto-entrepreneur » comme c’est le cas pour les coursiers chez Uber Eat, Deliveroo ou encore Just Eat, mais aussi pour les VTC chez la plateforme Uber à un « salariat déguisé ». Les plateformes numériques donnent les ordres aux micro-entrepreneurs ce qui crée une hiérarchie dans la prise de décision. Il faut pour certains cas choisir le créneau horaire le plus rentable. Mais, il n’y a pas de prise en charge pour les accidents ou très peu. De même, l’entretient du moyen de transport pour le coursier afin de travailler n’est pas pris en compte par la société qui donne les ordres. Pour ceux qui possèdent des VTC’s, rentre dans les dépenses du chiffre d’affaires l’emprunt du véhicule, mais aussi l’assurance de l’automobile tout comme l’essence. Cela réduit le bénéfice net de manière importante par rapport au chiffre d’affaires. Parfois le salaire net est nettement en-dessous du SMIC alors que le nombre d’heures travaillées est clairement au-dessus des 35 heures. Cela peut atteindre pour de nombreux VTC’s la barre des 70 heures. De plus, le coût d’une course dépend de l’offre et de la demande ce qui implique au fait que les prix ne sont pas fixes. Plus la demande est forte par rapport à l’offre de VTC’s, plus le prix de la course est élevé, mais le chauffeur n’est pas gagnant. C’est la plateforme numérique qui empoche les gains. Autant dire que les plateformes sont entièrement gagnantes sur l’ensemble des tableaux, elles n’ont que les frais de gestion de la plateforme comme dépense et le marketing sous forme de publicité pour attirer de nouveaux clients ou de nouveaux micro-entrepreneurs pour agrandir la flottille.

En 2017, Uber a réalisé un chiffre d’affaires net de 6 milliards d’euros, malgré des pertes importantes de plusieurs milliards. La société californienne a été côté en bourse à environ de 120 Mds de dollars au départ, mais n’en vaut plus que maintenant environ 62,5 Mds dollars. Malgré ces chiffres, les résultats sont négatifs. Uber espère dégager des profits pour l’année 2018 et 2019 en stabilisant et trouvant un rythme de croisière adapté. Uber France n’a payé que 1,7 million d’euros d’impôt en 2018. L’entreprise pratique l’optimisation fiscale de manière agressive. En effet, pour l’exercice 2016, Uber France a déclaré en France un chiffre d’affaires de 34 millions d’euros. Très loin de son chiffre d’affaires réel, qui peut être estimé à plus de 240 millions d’euros. Elle bénéficie de solutions aux Pays-Bas, aux Bermudes, aux iles Caïman ou encore au Delaware (paradis fiscal interne des Etats-Unis d’Amérique). C’est ce qui explique le fait que l’entreprise ne paye que si peu d’impôt.  En 2017, la plateforme Deliveroo a atteint un chiffre d’affaires de 54 millions d’euros, le bénéfice 1,5 millions d’euros. Quant à Just Eat (anciennement Allo Resto), la société est rentable dès 2006 et figure de pionnier dans le domaine des courses à domicile. Elle réalise au bas mot plus de 2 Mds de chiffre d’affaires annuel réparti dans 12 pays différents. Toutefois, la société mère ne souhaite pas divulguer le chiffre d’affaires réel. Autant dire que ces trois entreprises brassent des milliards d’euros réalisés sur le dos des « micro-entrepreneurs ». Ces derniers ne voient pas une miette du chiffre d’affaires de ces derniers. On peut dire qu’ils sont payés à « coup de pied dans le derrière ».

Autant dire que pour les plateformes numériques, le micro-entreprenariat reste un bénéfice de fond. Les micro-entrepreneurs sont devenus corvéables selon les besoins du marché. Ils sont les nouveaux esclaves du XXIème siècle. Nous assistons au retour du travail « à la tâche ». Il s’agit d’un modèle d’économie datant du XIX voir du XVIIIème siècle. Le progrès n’est en fait qu’un vaste retour en arrière de plusieurs siècles. D’autant qu’ils ne sont pas protégés par le Code du Travail comme c’est le cas pour un salarié puisque ce sont des « micro-entrepreneurs ». Ainsi, ils font tout ce que pourrait faire un « travailleur salarié », mais sans les droits auxquels les salariés ont droit.

De plus, il y a une véritable régression dans la question des statuts, puisque sous prétexte que les plateformes laissent une certaine souplesse et flexibilité dans la manière de gérer les courses, les micro-entrepreneurs tombent dans un panneau qui les met dans un cul-de-sac. Il n’y a pas de souplesse dans le monde des plateformes numériques, il y a une rigidité incroyable. Lorsque le coursier refuse certaines plages horaires, il peut-être pénalisé dans le temps, baissant mécaniquement son chiffre d’affaires. La plateforme a tous les droits sur le micro-entrepreneur, notamment en le banissant de certaines plages rentables et le poussant à prendre des plages non-rentables obligeant à produire un effort supplémentaire pour réaliser son chiffre d’affaires. Ainsi, on peut dire que le micro-entrepreneur n’est pas libre de ses mouvements puisqu’il est sous la tutelle de la plateforme numérique. De plus ces derniers grâce au « travail dissimulé » ne payent pas de cotisations sociales et par conséquent touche un profit sur chaque commission. Différents procès sont intentés dans le monde pour faire reconnaître que le statut de micro-entrepreneur est celui d’un salarié. Il y a plusieurs victoires à ce stade pour en finir avec le « travail dissimulé ».

Le « rêve du micro-entrepreneur » prend très vite fin. En prenant ce statut, il se livre à une concurrence débridée face aux autres micro-entrepreneurs qui poursuivent le même objectif. Il s’agit d’une des formes les plus poussées du capitalisme aujourd’hui. Uber compte 20 000 chauffeurs. D’autant que d’après différentes sources, ils vont jusqu’à exploiter les adolescents qui souhaitent se faire de « l’argent de poche » ou encore des « réfugiés » à des courses toujours plus faibles en terme de rémunération.

Pour faire reconnaître leurs droits, un collectif du nom « CLAP » (voir l’image ci-dessus) a vu le jour. Ils agissent à la manière d’un syndicat pour demander de meilleures conditions de travail, mais surtout une augmentation du prix pour les courses. Ils ont lancé à plusieurs reprises l’idée de « grève de la consommation » pour pénaliser les différentes entreprises auxquelles ils appartiennent. Ils ont aussi lancé des manifestations pour dénoncer la précarisation de leur travail. Ils n’ont pas hésité à envahir le siège de Deliveroo pour monter leurs ras-le-bol. Pour l’instant, ces actions sont sans effet, mais permettent de mettre le focus médiatique sur les coursiers et leurs univers.

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