La démocratie par tirage au sort est le déni de la démocratie elle-même

L’une des revendications d’Étienne Chouard est le tirage des élections de façon aléatoire au nom du principe mathématique que l’Assemblée Nationale puissent ressembler « réellement » les électeurs. Considérer les citoyens comme faisant partis d’une égalité dans la bonne foi, il existe alors une variable aléatoire qui conduit de facto vers un peuple qui n’est pas politisé.

Il s’agit d’une erreur fondamentale puisque le peuple français est politisé et s’intéresse à la politique. La question de la politisation a une importance capitale puisque cela indique qu’il y a une polarisation de la vie publique et politique, mais aussi que différentes idées contradictoires existent en matière de vision politique. Cela revient à affirmer que la droite et la gauche sont la même chose. Lassé par les politiques au nom d’une « ploutocratie » (le pouvoir par l’argent), il y a un délitement progressif de ce qui fait la politique et le cadre des débats qui nous anime. Heureusement que nous ne sommes pas toujours d’accord, puisque sans cela, on aboutirait à une forme de dictature où la « pensée unique » animerait l’ensemble du corps électoral.

Mettre en place, le tirage au sort pour une assemblée citoyenne souligne également la fin des partis politiques. Cela revient à mettre en place une élection législative où chacun pourrait être tiré au sort. Dans une démocratie libérale, l’élection législative permet de faire représenter un certain nombre de représentants élus par le corps électoral. Il s’agit d’une logique fondamentale qui fait que la République existe. Même si on peut critiquer l’absence de proportionnalité dans le cadre des élections législatives, on peut critiquer le fonctionnement du scrutin qui permet à ce qu’une minorité sur l’ensemble du territoire puisse avoir la majorité au sein de l’Assemblée Nationale. En effet, la critique du mode de scrutin au niveau de l’Assemblée Nationale n’équivaut pas à remettre en cause les partis politiques, bien au contraire, cela permettrait de les renforcer afin qu’ils puissent représenter tout le monde de manière pérenne.

En prenant compte d’une volonté de dépolitiser l’espace républicain des différents partis politiques : pour le meilleur ou pour le pire, il y a une volonté de considérer que tous les citoyens sont apolitiques et que par ailleurs ces derniers seraient déconnectés de l’enjeu que configurent tous les mandats. Avec ce système, il y a une probabilité importante de voir l’Assemblée Nationale gérée autant par l’extrême-droite que l’extrême-gauche. L’assemblée tirée au sort suite à un mécanisme complexe ne sort pas vraiment vainqueur, puisqu’il faut des ressources intellectuelles pour envoyer des députés à l’Assemblée Nationale. Il s’agit d’une utopie impossible à mettre en place dans l’état actuel de notre démocratie libérale. On notera également qu’à aucun moment, il n’est pas question de démocratie ouvrière, mais bien d’une démocratie parfaitement compatible avec le néolibéralisme.

Il y a également une confusion sur les intérêts que serviront les députés tirés au sort. En effet, d’après Étienne Chouard, ces derniers œuvreront dans l’intérêt général. Dans les faits, ils s’intéresseront à défendre leurs propres intérêts avec l’idéologie qui est la leur. Ainsi, nous aurions une multitude de cheptels.

Or, dans la stochocratie, il n’est fait nullement place aux partis politiques qui diffusent les idées de ses membres. Les stochocrates défendent l’idée de la fin des partis politiques comme c’est le cas pour le M5S en Italie. Il existe dès lors un paradoxe. Comment peut-on se définir démocrate et vouloir la fin des partis politiques ? En effet, l’abandon de ces partis politiques souligne la fin du règne de la démocratie. Les citoyens sont censés avoir le pouvoir avec une représentativité à la hauteur des idées politiques qui se combattent les unes, les autres. N’est-ce pas dans le fond à revenir à l’Ancien Régime ou sous le pétainisme ?

N’est-ce pas un hasard si Etienne Chouard fricote avec l’extrême-droite comme c’est le cas des propos vis-à-vis d’Alain Soral. Il disait d’ailleurs : « dans la bagarre, je vais peut-être avoir besoin de gens comme Alain Soral, qui ne se laisse pas faire« . Il dira sur son blog qu’Alain Soral « travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit« . Tout en continuant, il affirme que « mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire ». Cul-et-chemise avec les antisémites notoires, Étienne Chouard défend ceux qui ne sont pas défendables. En effet, il s’agit d’une défense du « National-Socialisme », c’est-à-dire du néo-nazisme. Dans les faits, cela revient à défendre le totalitarisme.

Dans le mouvement des gilets jaunes, les « gentils virus » (il s’agit de partisans des théories d’Étienne Chouard) ont infusé son idée avec le RIC pour permettre que les revendications sociales soient mises au tapis. Etienne Chouard gagne en popularité avec son idée majeure de remettre en question sur le devant de la société.


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