Les gilets jaunes : un remake des bonnets rouges

Le mouvement des « gilets jaunes » s’est enraciné progressivement dans l’Hexagone. Sous fond de grogne social et fiscal, on peut dire que ce mouvement est très disparate. Ce phénomène ressemble aux « bonnets rouges« .

Ce n’est pas l’augmentation du carburant de quelques centimes qui provoque une telle révolte de la part de personnes qui n’ont pas l’habitude de manifester. Il s’agit d’une réponse venant de très loin qui confédère des personnes d’orientation très différentes. Nous sommes face à un mouvement allant de l’Action Française jusqu’au Black Bloc. De ce fait, les revendications ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Mais pour une grande partie, il y a la volonté de demander la démission d’Emmanuel Macron et la dissolution de l’Assemblée Nationale. Certains « macroniens » y voient du poujadisme ou la restauration des revendications du général Boulanger.

Il ne s’agit pas d’un mouvement de classe, mais d’un mouvement interclassiste allant du « lupenprolétariat » à la haute-bourgeoisie. Certaines élites ont compris qu’Emmanuel Macron ne formait qu’un « cul-de-sac ». Les travailleurs et les patrons, tout comme le corps intermédiaire manifestent ensemble sans se rendre compte des antagonismes de classe. Ce n’est pas pour rien que l’une des revendications est la baisse des cotisations sociales salariale et patronales. Cela impactera directement la Sécurité Sociale c’est-à-dire le bien de tous. Cela va avec l’idée du « bon sens » largement théorisé par l’extrême-droite.

L’une des revendications affirme « que les déboutés du droit d’asile soient reconduits dans leur pays d’origine ». Il s’agit d’une demande ouvertement « raciste ». Même si il est que « les demandeurs d’asiles soient bien traités« .

De nombreux gilets jaunes réclament par ailleurs la « démission d’Emmanuel Macron ». Une revendication légitime, puisque l’élection d’Emmanuel Macron s’est fait par défaut ce qui implique que la mise en place de son programme est clairement illégitime. Près 80% des français soutiennent les gilets jaunes. Il convient de dissoudre l’Assemblée Nationale et d’appliquer la « proportionnelle stricte » pour sortir de cette situation qui aboutit dans « un cul-de-sac ».

Sur la justification de la « transition écologique », le gouvernement souhaite mettre en place un nouvel arsenal financier pour renflouer les caisses de l’état.

Autant dire que la politique néolibérale du gouvernement et les différentes réformes sont arrivés à maturité. Il s’agit de la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il en faut beaucoup de gouttes pour arriver à un tel débordement. Les taxes injustes sur le carburant ont laissé place à des blocages stratégiques.

L’économie est coupée de ses vivres, elle a bout de souffle. L’impact des « gilets jaunes » est clairement significatif. Certaines entreprises ont vu leur chiffre d’affaires baisser de près de 50% selon différentes sources ce qui n’est pas rien. La contestation sur les rond-points, les péages, les grandes plateformes commence à porter ses fruits. Le capitalisme a besoin des infrastructures pour continuer de tourner, sans elle, il est voué à botter en touche.

Pour se montrer et être visible par le pouvoir, les personnes ont enfilé un « gilet jaune » fluorisant. Mais dans le même temps, la couleur du jaune au niveau du syndicalisme est celle des réformateurs ou plutôt des traîtres. Le choix a dès lors un sens. Le jaune n’est pas choisi au hasard. Il n’y a pas la volonté de remettre en cause le système et le mode de production. Le capitalisme a de beaux jours devant lui, puisque les « gilets jaunes » demandent simplement des pansements sur les plaies. Guérir le capitalisme apparaît comme une vision particulièrement utopique. Les capitalistes peuvent dormir tranquillement sur les deux oreilles.

Aux alentours des Champs-Élysées, il y a effectivement eu des émeutes d’une violence particulièrement inouïe. Jamais depuis Mai 68, la violence de la rue Gay Lussac s’est transformée dans une insurrection où les « casseurs » n’étaient d’autre que de simples manifestants venus en découdre avec le pouvoir. Il faut dire que l’exécutif n’a pas l’habitude de voir des barricades sur la « plus belle avenue du monde ». Certain ont même déchaussé les pavés pour les lancer contre les CRS et les gendarmes mobiles.

À force d’agiter la bouteille, cela finit par exploser. L’explosion était prévisible au cour du quinquennat. Ceux qui veulent absolument la paix sociale et les réformes structurelles se trompent profondément. Les réformes structurelles vont l’encontre de la « paix sociale ». En effet, la lutte de classe devient de plus en plus au fur et à mesure que le gouvernement choisi le « camp du capital ».

L’arc de triomphe a été dégradé dans le mouvement d’insurrection. De nombreux commentateurs s’indignent, certains y vont jusqu’à faire du révisionnisme en affirmant que même les nazis ne l’ont endommagé. Cette vision révisionniste tend à rendre plus tendre les responsables de la Shoah. L’arc de Triomphe est avant tout d’un symbole militaire où les guerres et les soldats y sont glorifiés comme la tombe du « soldat inconnu ». Ce n’est pas un symbole républicain puisqu’il a été construit sous l’empire napoléonien. La détérioration d’un des visages est vue comme une atteinte à « Marianne ». Les auto-proclamés « républicanistes » y voit un crime lèse-majesté.


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