À quelques jours de la promulgation des ordonnances concernant le droit du travail par le président de la République, la fête de l’Humanité se tient dans le parc d’Aubervilliers. Un lieu progressiste où se rencontre de nombreux sociaux-démocrates, mais aussi des communistes et quelques anarchistes.

Concernant la Loi Travail XXL

Sous le vocabulaire de simplifier le droit du travail, les cinq ordonnances utilisent habillement un verbiage pour tenter de démontrer qu’un travail en profondeur est habillement effectué. Comment peut-on admettre que la « Loi El-Khomri » a alourdi le « Code du Travail » de l’édition Dalloz par rapport à « l’édition 2016 » ? L’enfumage des libéraux et néoconservateurs apparaît le plus total. On peut que conclure que les nouvelles ordonnances avec plus de 200 pages vont alourdir une fois de plus le Code du Travail.

Dans ce contexte, le gouvernement tente de mettre sous le signe du progrès s’apparente à la plus grande régression, mais aussi sur fond d’un refus de lutte des classes, l’oppression contre les travailleurs à travers l’inversion de la hiérarchie des normes devient une évidence. D’autant que le gouvernement a commandé plus d’un million de grenades lacrymogènes pour faire face aux différents mouvements sociaux. Gérard Collomb a d’ailleurs affirmé que « le budget du Ministère de l’Intérieur augmentera de 6,8% ».

La dialectique du gouvernement se pose nécessairement dans une logique rétrograde. Les propos sur « les fainéants » interrogent sur le respect des travailleurs de la part du gouvernement. Bien sur, ses fidèles soutiens tentent de mettre des entourloupes pour affirmer qu’il s’agissait des anciens gouvernements et des différentes législatures du passé. Pour autant, les phrases sont bien présentes, tout comme celles qui démontrent que les critiques contre le gouvernement deviennent clairement anti-démocratiques. Ce contexte rend vraiment explosif l’édition 2017 de la fête de l’Humanité.

L’un des prétextes des différentes lois sur le marché du travail consiste à affirmer que le plein-emploi devient un progrès social. L’exemple par l’absurde du Bangladesh avec près de 2% de Taux de Chômage y voit une forme de progrès voir d’un modèle économique et social, alors que les normes clairement inférieures aux nôtres poussent les patrons à laisser s’écrouler des bâtiments sur leurs salariés. Dans un autre exemple, le taux de chômage en France s’est développé avec la mise en place de la flexibilité. On peut en déduire que le taux de chômage en France va de paire avec les différentes lois assurant la souplesse du marché du travail. En l’occurrence, la flexibilisation du marché du travail détruit justement des emplois à temps plein pour les transformer en job à temps partiel. Cette vision permet d’augmenter le nombre d’emplois créés artificiellement pour faire baisser le taux de chômage. En tout état de cause, cela pousse les entreprises n’ont pas à sauvegarder les emplois, mais à adapter le nombre d’emplois face aux carnets de commandes. De même dans le cas d’une crise économique, les entreprises sont largement incitées à licencier massivement accentuant la crise. Cela suppose que les entreprises se basent sur l’état en cas de crise, grâce à l’assurance-chômage. Cette vision associée à la mise en œuvre des formations fait baisser le chômage sans réellement le faire baisser puisque les emplois créés à temps pleins deviennent de plus en plus faible.

Dans le cadre des cinq ordonnances, un article est actuellement à l’étude pour démontrer le caractère néfaste comme la suppression du CHSCT, ou encore la mise en place de la CSE.

Dans le même temps, si on ne parle peu ou pas sur ce blog de la mise en application du CETA, celui-ci devrait compresser un peu plus les salariés pour les intérêts des grands groupes, mais aussi risque de soumettre le gouvernement aux grandes entreprises.

À propos de Jean-Luc Mélenchon

Dans les débats, il existe toujours une dimension de division entre la « France Insoumise » et le « Parti Communiste Français ». Quand Pierre Laurent déclare à Jean-Luc Mélenchon : « Personne ne peut prétendre détenir la vérité à lui tout seul ». Les Insoumis se révoltent ne supportant pas les critiques face à leur tribun, dont leur comportement se situe à mille lieux de l’Internationale. Dans le fond de la phrase, il s’agit évidemment d’une logique imparable, mais le refus d’une telle critique met en place la logique du « culte de la personnalité » chez les partisans de la « France Insoumise »

Pour ma part, j’ai repris récemment ma carte au Parti Communiste – non par volonté, mais par effort – pour renforcer l’union de gauche face à la politique extrémiste et ultra-conservatrice que porte la présidence de fer d’Emmanuel Macron. La cotisation en somme ne changera pas grand chose à mes idées, mais on peut dire clairement que cela symbolise une vision d’opposition assez claire face à ceux qui poursuivent les projets réactionnaires d’Augusto Pinochet et de Margaret Thatcher. La contre-révolution libérale nécessite une opposition dure, ferme et une dialectique sans faille.

Évidemment, il s’agit d’une concession importante pour un grand parti « social-démocrate », très loin de mes aspirations pour un communisme révolutionnaire. On ne pourra pas prétendre que Pierre Laurent sera sur les barricades lors de « la lutte finale » contre la bourgeoisie et son état autoritaire et liberticide. La bureaucratie au sein de l’appareil communiste doit muter au plus rapide pour trouver un fonctionnement vers assimilant la démocratie directe, le tout en affirmant très clairement que l’héritage « léniniste » appartient au passé. En l’espèce, je souhaiterais que le Parti Communiste Français adopte largement les thèses de Rosa Luxembourg pour bien marquer cette différence.

Pour autant que l’on soit bien claire, je ne me reconnaît absolument pas dans la ligne de Pierre Laurent et des partisans. Il s’agit d’une ligne réformiste promouvant un « altercapitaliste ».

Lors de la campagne présidentielle, la ligne de Jean-Luc Mélenchon m’a paru insensée, tout comme cette glorification de la France et d’un patriotisme largement débridé. Justement, Karl Marx affirme dans le manifeste que « les prolétaires n’ont pas de patrie » devrait interroger de nombreuses personnes, tout comme sa rhétorique autour du peuple. Le peuple s’oppose très clairement à la lutte des classes et en conséquence, y parler en long, en large et à travers fait clairement d’assumer qu’il y a des mêmes intérêts entre les différentes classes opposées. Enfin, je pense que la ligne de Jean-Luc Mélenchon incarne cette gauche n’hésitant pas à reprendre la ligne nationaliste et étatiste. Ces dernières n’ont rien à faire dans nos luttes. L’état oppresse, l’état opprime, ne l’oublions jamais.

Le « citoyennisme » de Jean-Luc Mélenchon se base sur une logique purement réformiste. Dans un certain cadre, on pourrait presque affirmer qu’il s’agit d’une volonté de créer un « altercapitalisme », sans pour autant sortir du capitalisme. Cette vision permet justement de créer un capitalisme à visage humain. Une exploitation entre les classes populaires et les classes dominantes atténuée par le principe d’une démocratie fantoche. Le programme de la « France Insoumise » prévoyait même de faire baisser l’Impôt sur les Sociétés à hauteur de 25% des profits. Caresser les patrons dans le sens du poil et « en même temps » les classes populaires ne paraît pas crédible.

La sociale-démocratie impose une lutte des classes dans caractère strictement légal. Les lois votées par le Parlement, dans le cadre de la législature actuelle sont à majorité LREM pour les députés et LR pour les sénateurs. En d’autres termes, le Parlement dans ses deux chambres apparaît sous la tutelle du patronat. Ce dernier est prêt à sacrifier l’ensemble des conquêtes sociales issues du CNR, de la Sécurité Sociale, mais aussi de Mai 68 pour imposer une vision issue du XIXème siècle. Au moment où de nombreuses dispositions de l’état d’urgence vont être codifiées dans le droit commun, on ne peut qu’en déduire que l’utilisation d’un tel droit servira comme ce fût le cas dans les manifestations contre la « Loi El-Khomri » à savoir uniquement à réprimer les travailleurs opposés « aux ordonnances Pénicaud ». Dès lors, les interdictions des grèves, des manifestations, des rassemblements devient possible au nom d’un état d’urgence servant avant tout les intérêts d’un patronat toujours plus important chaque jour. Une lutte extra-légale pousse évidemment à fermer la porte de la sociale-démocratie pour faire face aux coups de bâton du patronat et de son parlement à ses ordres. Penser en dehors des lois permet une plus grande autonomie et une liberté plus importante dans la liberté de mouvement.

Une vision d’unité dans un tourbillon de division

Pierre Laurent scandait à la tribune « Unité » dans le discours traditionnel clôturant la fête de l’Humanité. À l’heure où la division entre les partis, les syndicats et les organisations apparaissent de plus en plus forte, il semble que seul l’objectif de faire tomber les ordonnances à moyen et long terme devient le moyen de s’assembler. Un front unitaire apparaît comme la seule vision logique pour faire à la contre-révolution libérale qui frappe l’ensemble de la société.

Pour autant, certaines divisions entraînent que certaines organisations ne peuvent s’associer à certains partis politiques, notamment sur le refus de la question chauvine qui agite particulièrement la « France Insoumise ». L’unité passe aussi par l’acceptation de tous les moyens des luttes qu’ils soient légaux ou extra-légaux, violents ou pacifiques. Le refus de ces moyens créera foncièrement des divisions que le patronat, les libéraux et conservateurs joueront.

Dans le syndicalisme, il convient d’assumer que la position de Jean-Claude Mailly à la tête de Force Ouvrière est de plus en plus contestée. Il ne serai guère étonnant que ce dernier soit poussé à la démission par sa propre base. En effet, de nombreuses fédérations ont décidé de s’opposer aux ordonnances sans prendre en compte la position de la direction.

 

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