Macron embrasse le « corporatisme » d’un type nouveau

La « loi travail XXL » s’inscrit typiquement dans la devise d’Emmanuel Macron « ni de droite, ni de gauche ». Une devise très chère à l’extrême-droite totalitaire depuis la fin du XIXème siècle. Elle refusait le parlementarisme et se battait pour remettre en place le corporatisme.

Le corporatisme se caractérise par une volonté de détruire le syndicalisme, les syndicats et les syndiqués sous prétexte que la lutte des classes n’existe pas. De ce fait, il n’existerait aucun antagonisme de classe entre les travailleurs, les managers et les patrons. Dans cette logique, tous suivent le même idéal : se sacrifier pour faire progresser l’entreprise. Cette dernière est vue comme un bien commun, synonyme de bonheur. De ce fait, les intérêts communs sont scellés dans un accord très complexe : l’accord d’entreprise. Cette dernière doit pouvoir se substituer au code du travail, afin que ce soit les patrons qui décident eux-mêmes des mesures à prendre pour le bien de l’entreprise, mais aussi pour ceux qui possèdent les droits de propriété sur l’entreprise. Cette vision se traduit par des petites corporations à la taille d’une entreprise. Chaque entreprise pourra se transformer en une corporation si les propriétaires de l’entreprise décident de mettre en place cet accord qu’ils font valider au référendum à travers des menaces de licenciements comme on l’a vu chez Smart. Cela permet de contourner les syndicats et de les renvoyer comme des obstacles à la réussite de l’entreprise.

Le corporatisme que souhaite mettre en place Emmanuel Macron s’éloigne fondamentalement du régime monarchiste ou Pétainiste, mais en garde l’ensemble des attributions. Cette dérive se traduit par l’influence que revêt l’extrême-droite au sein du mouvement « La République En Marche ». Refuser la thématique de la « lutte des classes » a toujours permis aux différents mouvements de se positionner en faveur de l’oppression ses travailleurs, les renvoyant comme des coûts, ou de simples statistiques pour les « Ressources Humaines ».

Ils affirment que le « Code du Travail » est complexe, parce qu’ils le comprennent mieux que quiconque. Ainsi, ils ne cessent de comparer le modèle Français et Allemand, afin de mettre en avant la « théorie de l’avantage comparatif », mais aussi d’exacerber le patriotisme et le nationalisme entre les deux pays. Sauf que le raisonnement possède des failles. En effet, il est plus facile de licencier en France qu’en Allemagne, le « coût du travail » est plus faible qu’en Allemagne, mais le modèle reste celui allemand, alors que celui-ci ne fonctionne pas. Cela fait que la « flexibilité » du marché du travail, à savoir que 40 ans de sa mise en place progressive (intérim, CDD, rupture conventionnelle, contrat de projet, etc.) a abouti à la compression salariale avec les conséquences que l’on connaît déjà : les licenciements massifs, le chômage de masse et l’augmentation de la pauvreté.

De même, il a été admis que le CICE d’une valeur de 40 Mds d’euros a permis la création de 40 000 emplois, cela correspond à 1 000 000 d’euros le coût d’un emploi. On se souvient du « pins » des « 1 million d’emplois » que promouvait Pierre Gattaz. Or, en prenant ce compte, pour créer « 1 million d’emplois », il faudrait l’équivalent d’un peu moins de la moitié  du PIB de la France, soit l’équivalent de 1 000 Mds d’euros. Un salaire au SMIC coûte à une entreprise sur un an : 19 935 euros, un salaire de 1,5 SMIC est de 36 404,04 euros. Avec les 40 Mds d’euros, on aurait pu créer presque 1,1 million d’emplois payés à 1,5 du SMIC et plus de 2 millions d’emplois quand il s’agit du SMIC. La possibilité de créer de l’emploi apparaît comme clairement faisable, encore il apparaît comme évident que le changement de paradigme devient le véritable enjeux de l’opposition face à ce gouvernement.

La politique de l’offre et les « axiomes » de l’économie néoclassique mettent en avant une problématique importante, puisque la « maximisation des profits » permet de conclure que le CICE a pour objectif d’augmenter les marges des entreprises et donc des profits. De ce fait, le but n’est pas de créer des emplois comme l’a affirmé le président précédent, mais de poursuivre la logique néoclassique.

La mesure populiste de l’exonération des heures supplémentaires est estimée 4,5 Mds d’euros annuels, augmentant par ailleurs le déficit public si cette dernière n’est pas compensée par une baisse de la dépense publique ou de la subventionner à travers un autre impôt.

Selon les calculs de l’OFCE qui se basent sur un volume annuel d’heures supplémentaires de 654 millions en 2016, l’effet négatif (perte de 66 000 emplois) serait plus important que l’effet positif (+47 000 emplois), soit un solde de -19000 emplois. Dans une étude évaluant de programme de Nicolas Sarkozy, il est affirmé que

Dans un travail antérieur (Heyer, 2011)1, mené sur des données regroupant 35 secteurs de l’économie française, nous avons estimé qu’une hausse de 1 % des heures supplémentaires détruirait près de 6 800 emplois salariés du secteur marchand (soit 0,04 % des salariés marchand) dont les trois quarts seraient des emplois intérimaires2 ;

Avec le CICE, cela fait simplement +21 000 emplois créés. De plus, le gain médian est simplement de 28 euros par mois. Avec l’inflation et la compression salariale, ce gain disparait très vite. Avec la « Loi Travail », les heures supplémentaires sont passés de 25 à 10 % pour les quatre premières heures, et 20% pour les heures suivantes. De ce fait, même en appliquant ce barème, nous sommes en dessous du gain des 29 euros par mois.

Tout démontre que la piste suivie par le gouvernement « Philippe II » va poursuivre le naufrage entamé par Nicolas Sarkozy et François Hollande. D’ailleurs, le FMI soutient les différentes réformes que propose Emmanuel Macron. On peut déjà en tirer les conclusions de ce soutien. Ce dernier peut paraître gênant lorsque l’on connaît les conséquences des politiques mises en place en Espagne, en Italie, en Grèce ou encore au Portugal, tout comme l’Irlande.

Cherchant une porte de secours pour mettre en place les réformes de François Fillon et du patronat. Emmanuel Macron s’accroche à l’idée d’un corporatisme d’un type nouveau. Ce dernier apparaît au sein de l’hexagone dans un moment particulièrement sombre et obscure. Sous couvert d’un libéralisme fallacieux, le régime autoritaire prend les pentes de l’adaptation des droits au nouvelles normes du capitalisme. Dans le langage libéral, les termes comme « adapter », « réformer », « progrès » renvoient à une dialectique de destruction des droits en faveur du patronat. Une « corporation » en anglais signifie d’ailleurs une « entreprise ». Dans un monde « mondialisé », l’utilisation de l’anglais en économie apparaît comme fondamental. Dans ce contexte, le libéralisme économique ouvre la voie à la volonté de supprimer le syndicalisme. D’ailleurs, Friedman tout comme Hayek voyait les syndicats comme des problèmes. Dans le Royaume-Uni, la politique de David Cameron

dans sa course pour une économie entièrement dérégulée s’appuie sur les travaux d’Hayek. Ce dernier pensait qu’en affaiblissant le syndicalisme, on permet de libéraliser et donc de renforcer l’économie. Depuis de l’eau a passé sous les ponts et nous savons clairement que cette affirmation est fausse, il s’agit d’une façon de rassurer le patronat et les actionnaires, d’augmenter la paupérisation et le chômage.

La répression syndicale en France se traduit cette volonté d’adapter le droit du travail au demande du patronat. En soi, nous sommes dans l’offre et la demande, le patronat propose une liste de souhaits pour augmenter les profits et les marges, le gouvernement prend acte et essaye de satisfaire les exigences.

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