Hanouna : une homophobie décomplexée

L’émission Touche Pas à Mon Poste dirigée par l’animateur Cyril Hanouna est dans la tourmente d’un scandale sur fondement d’un supposé « canular » homophobe, dont les conséquences laissent véritablement à désirer.

Cyril Hanouna déclarait dans le journal Le Parisien

Je suis animateur et producteur de Touche pas à mon poste! mais D8 a fait une bonne affaire. Pour 40.000 euros, elle a une émission qu’elle peut rediffuser plusieurs fois par jour sans rien payer en plus,  Je gagne 25.000 euros par mois. […]

Ça peut paraître beaucoup mais, par rapport à d’autres animateurs, c’est très peu. L’émission génère vraiment de la pub. À la fin du mois, il ne me reste pas grand-chose.

L’émission de divertissement rapporte énormément à « Bolloré ». Ce dernier n’a pas hésité à investir près de 250 Millions d’euros pour que l’émission reste dans le jargon de Canal +. L’émission réunie près de 1 million de spectateurs par jour. Au-delà du remarquable commerce avec un milliardaire proche des idées de l’extrême-droite, l’influence sur Cyril Hanouna est remarquable et importante chez ses spectateurs.

Dans le cadre, de l’émission de Cyril Hanouna Touche Pas à Mon Poste ! (TPMP), dont on pourrait critiquer évidemment l’intituler de l’émission puisqu’il s’agit d’une émission patronale, et que le but est de licencier les travailleurs. La question de ceux qui suivent l’émission s’apparente d’avantage à une espèce de « secte » où Hanouna ne serait que leur Gourou.

Le divertissement tout comme l’humour n’a pas vraiment de limite sur l’émission de TPMP. Dans le cadre de la Société du Spectacle, il recherche évidemment le « Buzz » à tout pris, dont les conséquences ne lui importent guère. La recherche de la croissance de l’audimat permet en outre d’augmenter le tarif de chaque publicité entre les séquences de l’émission. On comprend évidemment que cette recherche fait partie d’une logique commerciale et marketing. Ces dernières sont bien rodées.

En plein direct, il a piégé volontairement un jeune n’ayant pas fait son « coming-out » publiquement. L’autoproclamé « canular » n’en était pas un. De par ses gestes, de ses mimiques, il existait une volonté de s’attaquer directement au jeune homme, parce qu’il était homosexuel, et plus largement à la communauté homosexuelle. Il ne s’agit pas d’un humour non plus, mais d’un acte harcèlement des plus minables. Hanouna était animé par une volonté de détruire l’intégrité de la personne devant des millions de personnes. Cet acte d’humiliation rappelle ceux que subissent des milliers de jeunes dans les cours de récréation.

La vie du jeune homme piégée durant l’émission ne l’intéresse guère. L’objectif étant de faire des recettes, pas de s’apitoyer sur le sort d’un malheureux qui recherchait l’amour, une relation sensuelle et fait de sentiment. Mais a-t-il pensé que parmi des millions de spectateurs qui regardent cette émission, certaines personnes reconnaîtraient la voix du « jeune homme », et donc le reconnaîtrait ? Il me semble que non. Pour lui et « sa bande », c’est juste hilarant de rire sur une séquence de quelques minutes. Pourtant, détruire la vie d’un jeune homme n’a rien de drôle, ni même d’allure d’une séquence comique. Il s’agit d’une tragédie que vive de nombreux homosexuels en France, mais aussi dans le monde. L’homophobie sous la couleur de l’humour fait souvenir la question de l’antisémitisme de Dieudonné sous différents spectacles. Dans les deux cas, l’homophobie comme l’antisémitisme aboutissent à des agressions et des meurtres, même si ce sont des discriminations différentes avec des fondements différents.

Une lettre ouverte qui ne renferme que du vide

Face à la polémique qui enflait, Hanouna a écrit une lettre ouverte dans Libération pour tenter d’expliquer son geste, mais aussi mettre en évidence qu’il avait fauté. En quelque sort, il tente par une écriture stylistique plate et pathétique qu’il n’avait pas pensée que son acte donnerait des conséquences de la sorte, mais aussi d’un scandale profond.

Ainsi, il commence que

Je suis bouleversé à la lecture de certains témoignages ou commentaires.

La question du bouleversement n’est pas de moindre, puisque ce n’était ni un sketch, ni un canular, mais une séquence audiovisuelle faite pour humilier le jeune homme.

Tout cela m’a fait réfléchir en profondeur à la conséquence de certaines de mes attitudes.Aussi, si ce canular n’a pas fait rire chacun avec tous et au contraire est apparu comme pouvant accentuer l’homophobie alors, c’est qu’au final, ce sketch n’avait pas lieu d’être.

Il aurait dû réfléchir sur les conséquences avant de mettre en avant son supposé « sketch », puisque les conséquences sont bien présentes.

Cette fois-ci, ma liberté d’expression, celle que je chéris par-dessus tout et que je revendique comme mon emblème, a porté atteinte à autrui.

Au nom de la liberté d’expression, on ne pas dire tout et n’importe quoi.

Ce qui se passe depuis quelques jours autour de ce sketch me fait prendre conscience qu’aujourd’hui, en 2017, ce n’est pas vrai partout et pour tous en France. Qu’aujourd’hui, en France, des homosexuels souffrent encore trop du rejet.

Au final, on peut conclure que cette lettre qui tente de faire son méa culpa s’inscrit dans une logique de forme plus que de vision profonde. Ainsi, il apparaît guère étonnant que la lettre se termine ainsi :

J’ai décidé de me rapprocher des associations, pour que ces derniers jours nous servent à toutes et tous pour avancer. Pour voir comment je pourrai m’engager, plus efficacement que nous l’avons fait jusqu’à présent, pour que recule l’insupportable exclusion.

Les conséquences financières comme le retrait de nombreux annonceurs qui font les profits de l’émission, sont finalement le résultat de son homophobie. En attendant des plaintes qui risquent de le poursuivre pour discrimination.

Laisser un commentaire