Le « Risque Mélenchon » s’empare des marchés financiers

Les marchés font face à ce qu’ils appellent le « risque Mélenchon ». Il s’agit simplement du risque Keynésien face à une économique néoclassique en panne. Le taux de la dette sur les marchés a largement augmenté ces derniers jours.

Mélenchon n’a pas un programme révolutionnaire, ce National-Keynésien sème pourtant la panique dans les différents marchés concernant les obligations de la dette française. La finance n’aimant pas le doute, ni l’imprécision s’emballe en nommant l’hypothétique « risque Mélenchon ». Ce dernier fait augmenter le taux d’emprunt de la dette française sur les marchés financiers. Le « spread » (écart entre la rémunération de ces deux obligations) ne cesse d’augmenter. Ainsi, Mélenchon serait une menace pour la dette française, puisque le coût du service de la dette augmentera si ce dernier possède une majorité à l’Assemblée Nationale. Ce dernier a augmenté d’un point pour les obligations arrivant à terme à dix ans. L’agitation des marchés financiers interroge d’ailleurs dans sa propre crainte.

La volatilité de l’indice fait justement la démonstration des différents arguments de Jean-Luc Mélenchon concernant la nécessité de réguler la Finance, de mettre au pas le service de la dette et la charge de la dette dans le budget national.

Keynes n’était pas anticapitaliste, pas plus qu’il était révolutionnaire. Son objectif était justement de faire perdurer le Capitalisme en prenant de manière inversée les solutions pour face aux crises structurelles. Au lieu de considérer la Théorie classique de Jean-Baptiste Say qui affirme que l’offre crée la demande, Keynes théorise quant à lui dans La Théorie Générale que la demande crée l’offre. Ce sont deux thèses paradoxales, mais qui puise toutes les deux une source importante dans la nécessité de l’existence d’une contradiction de classes, à savoir l’existence d’un oppresseur et d’un opprimé. Autant dire que fondamentalement, cela ne change strictement rien à la question de la bataille du prolétariat vis-à-vis du Capital.

Le keynésianisme ne possède aucune vertu révolutionnaire, il s’agit justement de la roue de secours du capitalisme lorsque celui-ci est en face de désintégration. Dans ce cadre, on peut affirmer que le programme de Jean-Luc Mélenchon n’a rien de révolutionnaire, il est réformiste et situé plus à droite que celui de Mitterrand en 1981.

L’ironie est que le modèle Keynésien a largement été appliqué au niveau national par un certain François Fillon (entre 2007 et 2012) en faisant gonfler la dette de près de 30 % du PIB, et laisser filer le déficit public au-dessus de 7% du PIB pour venir en aide au système bancaire, aux grandes entreprises, mais aussi aux différents états comme la Grèce. L’intervention de l’état ne met en avant aucune crainte sur les marchés financiers lorsqu’il s’agit de leurs propres intérêts financiers, mais sème des vagues d’agitation lorsque l’émission de dette sert directement le contribuable et les petites et moyennes entreprises.

Le « risque Mélenchon » existe certes sur les marchés financiers, mais il faut rappeler que le point 22 de son programme se nomme « mobiliser l’argent pour financer les petites et les moyennes entreprises et la création d’emplois », c’est-à-dire mobiliser l’argent privé et public pour entretenir le capital, les capitalistes et les patrons. Rien d’extraordinaire. De même, la flexibilité existera toujours avec ou sans abrogation de la « Loi Travail ».

Au final, ce sont des craintes non-fondées puisque si la question de la dette peut effectivement inquiéter les investisseurs étrangers, les structures de prêts aux états, cette dernière ne sera pas remboursée dans son intégralité, elle a d’ailleurs déjà été remboursée plusieurs fois.

Dans le cadre d’une confrontation entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen au second tour, l’hypocrisie réside dans le fait que pour appliquer l’un des deux programmes, ces derniers vont devoir avoir une majorité à l’Assemblée Nationale. Les élections législatives auront lieu le 11 et 18 juin prochain. C’est seulement à partir de ce résultat que l’on connaîtra la réalité des coalitions pour appliquer des programmes, ou tout simplement sombrer dans une crise démocratique digne de la quatrième voir de la troisième République.

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