Théo : victime d’un viol par une matraque d’un policier

Pierre Le Bec – Révolution Et Libertés ©

La ville d’Aulnay-sous-Bois connaît des violences et différentes nuits d’émeutes ces derniers jours. Les questions concernant l’arrestation musclée de Théo, ainsi que le vol en réunion commis par des policiers soulève les questions des exactions extra-judiciaires chez les flics.

L’arrestation de Théo ne peut que rappeler la mort d’Adama Traoré. Dans les deux, il s’agit de violences policières, mais aussi de mesures extra-judiciaires, afin de faire respecter l’ordre public à la façon d’un Western. Le décès de Zyed  et Bouna s’inscrivait justement dans la fuite de la répression. Les émeutes de Clichy-sous-Bois se sont poursuis pendant près de trois semaines, avec la mise en place de l’état d’urgence.

Les compressions, les étouffements ou les viols ne semblent pas véritablement choquer une partie de l’opinion publique, ou encore même au sein de la corporation policière. Les conséquences des différents lynchages ne sont pas sans retour. Œil pour œil, dent pour dent, la situation en est arrivée là. Les policiers sont dans la logique du massacre de la station Charonne. Il y a 55 ans, la police a assassiné neuf personnes et blessés des dizaines de personnes pour défendre l’extrême-droite et les terroristes de l’OAS. Nous en sommes toujours là.

Ces derniers jours, on parle du viol commis en réunion contre Théo, un jeune de 22 ans. Les violences policières sont l’une des premières cause en matière d’émeutes. Le feu ça brûle. Il est vrai que la Police, désormais, tire à balle réelle contre les jeunes excédés de son impunité.

En souhaitant montrer les muscles, les flics créent de véritables scènes de guérilla. Ils sont responsables, mais ne veulent pas assumer pas les conséquences de leurs actes. Dans les quartiers d’Aulnay-sous-Bois, « c’est partout le bruit des bottes, c’est partout l’ordre en kaki ». La stratégie de la tension semble prévaloir, surtout quand les lumières sont éteintes la nuit.

Le Retour de l’Alliance du Sabre et du Goupillon

Une voiture qui brûle peut toujours être problématique pour le propriétaire du véhicule, quand il s’agit d’un prolétaire. Toutefois, cela permet de faire des clichés importants et alimenter une propagande importante de ceux qui défendent le sabre et le goupillon. La peine de mort sous le signe de l’Église pour mieux écraser encore les quartiers populaires et les classes prolétariennes se met en évidence.

Au moment où une loi concernant la sécurité publique est votée en catimini par une dizaine de parlementaires, le pire est à craindre. Les fauves dans leur cage n’ont qu’un seul objectif : briser du prolétaire, broyer les classes populaires et mettre pratique l’idéologie politique que prône l’extrême-droite. À ce stade-là, on peut se demander concrètement la différence entre une police d’un état de droit et celle d’une police politique où l’objectif est de faire régner l’ordre public, c’est-à-dire l’ordre politique.

De ce fait, les contrôles d’identité se font sous le signe de l’intimidation quotidienne. L’objectif n’est ni de vérifier l’identité des prolétaires, ni d’effectuer des fouilles, mais de faire respecter l’ordre politique, ses lois et ses différentes doctrines.

Les conservateurs amateurs des thèses racialistes alimentent en boucle le fait que l’ordre public suggère un respect inébranlable vis-à-vis des Forces de l’ordre. En lisant Le Figaro, ils semblent que ces derniers semblent scandaliser. Alors que dans ce contexte, les infirmiers (comme les Aide-Soignants) peuvent se suicider, les pompiers peuvent se brûler, mais les conservateurs et différents obscurantistes considèrent que les policiers sont d’une certaine forme les représentant de la nation et de l’autorité. De ce fait, l’autorité peut-être libre. Les lois ne sont faites que pour rassurer les franges réactionnaires. Même avec un régime autoritaire, ils hurleraient à l’insécurité.

Les zones de non-droit sont fantasmés par l’extrême-droite fillonniste ou lepéniste. Elles sont souvent créées par les forces de l’ordre, elle-même. Il faut dire que la prohibition du Cannabis permet à la droite de renforcer les dispositifs sécuritaires, tout en accentuant l’insécurité.

L’IGPN reste des flics

Venons-en à l’IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale). Il s’agit d’un organe administratif chargé d’enquêter sur les abus policiers. Sauf que la Police Nationale est une corporation, et que par cet esprit corporatiste, les policiers se défendent les uns entre les autres.

De ce fait, une enquête sur des abus policiers par la Police elle-même se résume à un cercle vicieux. Puisque l’IGPN peut être considérée comme l’avocat même de ces policiers. Ainsi, dans le cadre de l’affaire Théo, il ne paraît pas choquant que cette dernière considère que le fait d’un « viol » avec différents faits aggravants ne soit qu’un « accident ».

Pourtant, si la logique de l’IGPN semble être en accord avec sa doctrine, en affirmant qu’un viol aggravé est un « accident », il considère qu’il s’agit d’un « viol involontaire ».

Pourtant, la loi est claire :

Article 222-23 du Code Pénal

Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.

Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle.

Mais aussi, leur loi dit que

Article 222-24 du Code Pénal

Le viol est puni de vingt ans de réclusion criminelle :

1° Lorsqu’il a entraîné une mutilation ou une infirmité permanente ;

5° Lorsqu’il est commis par une personne qui abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions ;

7° Lorsqu’il est commis avec usage ou menace d’une arme ;

Il semble que la Loi est assez claire, les policiers pourront manifester comme ils l’ont fait précédemment, mais nous allons vers une Cours d’Assise pour les policiers en question.

Les appels au Calme de Théo

Le président de la République, François Hollande a voulu calmer la situation en rendant visite à Théo à l’Hôpital.

Théo a déclaré en présence du président que

Ma ville, je l’aime beaucoup. Et j’aimerais bien la retrouver comme je l’ai laissée, s’il vous plaît les gars. Ce n’est pas la guerre, soyez unis, j’ai confiance en la justice

Sa famille a également pris des positions dans ce sens :

La justice est là pour faire son travail, et elle le fera […]. On veut que les choses se passent dans le plus grand calme possible. On espère vraiment que tout ce qui s’est passé durant ces trois-quatre jours, ça va s’arrêter là. Et que les gens vont comprendre que la justice est là pour faire son travail, et qu’elle le fera. Parce que face à des actes comme ça, il n’y a pas le choix : il faut agir. […] Ce n’est pas Théo qui est atteint, ce n’est pas sa famille, c’est toute la France qui attend que les personnes qui portent l’uniforme respectent ce métier-là.

La bourgeoisie défend les forces de l’ordre

Il paraît que le Maire d’Aulnay-sous-Bois en a fait de même :

J’en appelle encore, de nouveau et toujours, au calme et à la décence. C’est une question de respect pour la victime, Théo, pour sa famille, pour la douleur et l’émotion des Aulnaysiens. Il faut en finir avec ce climat de tension dans la ville.

Quant au supposé humoriste, Nicolas Canteloup, ce dernier a dérapé s’engageant dans une logique homophobe et faisant l’apologie du viol :

Amis gays, ce n’est pas la peine non plus de chercher un deux-pièces sur Aulnay-centre. La police ne recommencera plus. C’était un accident, pas une pratique courante sur Aulnay-sous-Bois.

S’il s’est excusé, cela n’enlève en rien à la gravité de ses propos.

Loïc Lecouplier, le secrétaire national adjoint du syndicat Alliance a affirmé que

un viol sur une interpellation est inconcevable. Il y a peut-être eu un coup malheureux, mais à aucun moment, on ne peut concevoir qu’un policier ait violé un individu sur une interpellation aussi compliquée. Dans ce genre de cité, le rôle des policiers est d’extirper l’interpellé et de quitter les lieux rapidement.

Luc Poignant, responsable syndical Unité SGP Police a affirmé durant l’émission « C dans l’Air » que

Bamboula, d’accord ça ne doit pas se dire, mais ça reste à peu près convenable.

Il est revenu sur ses propos :

Le mot ‘convenable’ a été mal choisi de ma part, il ne correspond ni à ce que je suis, ni à l’esprit de mon propos […] Je tentais de démontrer que pour renouer les liens dans ce contexte tendu, il fallait du respect provenant des deux côtés. Mais si quelqu’un a pu se sentir blessé, je lui présente mes excuses les plus plates : ce n’était pas mon but.

Pourtant, le mal est fait, ces phrases ne pourront que s’envenimer. Au final, dans un contexte sécuritaire où les forces de l’ordre possèdent l’ensemble de la presse avec elle, la majorité de la population, les crimes ne pourront qu’augmenter.


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