Attentat anti-musulman d’un partisan du Front National au Québec

Des policiers de Québec mènent la garde devant un bâtiment abritant une mosquée. Photo : La Presse canadienne/Paul Chiasson

Marine Le Pen peut se féliciter régulièrement de mettre en avant ses accents sécuritaires ou autoritaires sur le devant de la scène médiatique. Sauf qu’un de ses supporters a commis un attentat anti-musulman dans une Mosquée du Québec.

Ce jeune s’est radicalisé au point de passer à l’acte. Ce qui soulève de la dangerosité des sites internet en question, puisqu’il incite clairement au terrorisme. Le fait que la radicalisation identitaire passe au travers des filets de l’antiterrorisme canadien interroge sur le fond comme sur le forme.

L’auteur de l’attentat terroriste contre le Centre culturel islamique de Québec est Alexandre Bissonnette. Il a tiré dans le centre culturel au moment de la prière. Son compte Facebook a été clôturé dernièrement. Le bilan provisoire fait l’état de six morts et une vingtaine de blessés. Il s’agit de l’un des attentats les plus meurtriers que connaissent le Canada ces dernières années. Alors que le monde s’est enfoncé ces dernières années dans une vague d’attentats d’origine islamiste, celui-ci d’origine nationaliste et identitaire pousse inexorablement le raisonnement sur la menace que représente ce courant politique, à savoir le nationalisme.

En effet, si le terrorisme islamiste semble prendre une proportion importante dans l’ampleur du terrorisme, il est nécessaire de rappeler que l’islamisme n’a pas le monopole du terrorisme, et qu’en conséquence, le terrorisme n’est pas uniquement islamiste. Dans ce cadre, un attentat d’extrême-droite d’origine identitaire et nationaliste peut apparaître comme à contre-courant. Pourtant, depuis des années la montée d’une dérive fondamentale de la part de la droite ne pouvait que déboucher sur la porte au terrorisme.

Rappelons que le terrorisme nationaliste a ébranlé la Norvège le 22 juillet 2011. Anders Behring Breivik y a commis un double attentat portant comme revendication la dénonciation des « marxistes culturels » qui laisseraient, selon lui, l’Europe être colonisée par l’islam : thèse de l’Eurabia et du Grand Remplacement. Des propos très proches de ceux d’Alexandre Bissonnette. Une ou plusieurs explosions au Regjeringskvartalet, à Oslo, ont endommagé des bâtiments publics, dont les bureaux du ministre d’État norvégien Jens Stoltenberg, ensuite ce dernier a commis un massacre de masse sur l’île d’Utøya contre la Ligue des jeunes travaillistes (AUF), organe de jeunesse du Parti travailliste norvégien (AP). Le bilan définitif est de 77 morts et 151 blessés.

Dans le cadre d’Alexandre Bissonnette, on s’interroge sur le rôle que porte certains candidats à l’élection présidentielle, tout comme un certain président fraîchement élu dans la radicalisation de la personne. Si les prédicateurs avec leurs prêches sont souvent cités comme étant les responsables des attentats islamistes, les politiciens ayant une approche identitaire portent l’entière responsabilité du terrorisme. Le slogan “America First” ou les “Français d’Abord” renvoie à la même logique, mais aussi à la même vision nauséabonde.

Le slogan central de Trump provient du mouvement fascisant du même nom en 1930 aux USA, dirigé par Charles Lindbergh, antisémite enragé et admirateur d’Hitler. En septembre 1941, lors d’un meeting d’ America First, Lindbergh déclare : « Qui sont les agitateurs bellicistes ? » et répond “les Britanniques, les Juifs et l’administration Roosevelt”, reprenant ainsi les cibles de la propagande hitlérienne. L’expression « America First » a également été le nom d’un parti nationaliste créé en 1943 et mené par le pasteur pro-nazi Gerald L.K. Smith. L’autre provient également de la rhétorique nationaliste et antisémite des années 30, avec l’expression de l’Action Française “Il faut rendre la France aux Français”.
Source : Memorial 98

Ainsi, en s’en prenant régulièrement contre les musulmans, et non contre l’islamisme, nous obtenons un résultat dramatique. Des personnes radicalisées agissant comme des loups solitaires par idéologie politique prennent les armes pour tuer. Les raisons de ces actes sont finalement le rejet de l’autre, mais aussi la sensation de sentir une menace plus ou moins apocalyptique planée. N’est-ce pas dans le fond la même rhétorique dans le mouvement islamiste ?


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