La géopolitique selon Trump (1)

donald-trump-turquie-syrie-iralDonald Trump a été élu à la présidence des États-Unis d’Amérique (avec 200 000 voix en moins qu’Hilary Clinton). La question géopolitique se doit d’être également soulevée dans le cadre des différents conflits en Syrie, en Irak et en Turquie.

La Turquie

Donald Trump répète régulièrement qu’en débutant sa présidence l’Islam Politique était terminé. N’en déplaise à ses partisans, il a reçu un coup de téléphone de Recep Tayyip Erdoğan le félicitant de son élection. Dès lors, ses propos sur la question des partis islamistes ou des régimes islamistes prennent l’eau.

Binali Yildirim, le PM a félicité “Donald Trump pour la présidence des États-Unis et je lui souhaite le succès […] Nous espérons que notre alliance avec les États-Unis va se poursuivre et que notre partenariat et nos relations vont se développer”.

Lors de la bataille de Kobanê, le régime turc n’avait pas hésité à réprimer les réfugiés fuyant la ville que Daesh tentait de contrôler. Pendant ce temps-là, le gouvernement de l’AKP armait les différentes milices islamistes soutenant de plus ou moins près Daesh. On notera que la réaction des forces turques concernant Kobanê a produit l’attentat de Suruç.

Quant à la coopération, elle peut-être également économique, c’est-à-dire du libre-échange entre les deux pays. Donald Trump démontrera une fois de plus que son discours concernant le protectionnisme n’était que du baratin. De même, en matière de libertés individuelles, les coupures régulières des réseaux sociaux tout comme les purges concernant la presse sont fondamentalement opposées à la question de la liberté d’expression garantie aux États-Unis d’Amérique.

La question des alliances met en avant l’option américaine dans le transfert de Fëtullah Gulën vers la Turquie où il sera jugé pour l’ancien le putsch raté du 15 juillet 2016. Si les questions autour de l’imam devront être intenses, il n’empêche que la plus grande menace reste l’opinion du futur président américain concernant l’opposition en Turquie, et par ailleurs, l’ensemble des questions liées PKK. À l’heure où le gouvernement turc s’inscrit dans une répression de plus en plus totalitaire placée sous le signe de l’Islam, cette décision apparaît entièrement contradictoire.

D’ailleurs, de nombreuses personnalités ou des civils sont arrêtés et condamnés à de la prison pour avoir combattu Daesh. Ebru Firat a été condamnée à cinq de prison ferme. Le parquet a requis contre la romancière Aslı Erdoğan et trois de ses collègues une peine de prison à perpétuité réelle.

Les prisonniers politiques turcs risquent de trouver Donald Trump sur le chemin qui est censé les guider vers la liberté. La probabilité du retour de la peine de mort ne peut qu’inquiéter. La question militaire de la Turquie devrait intervenir puisque le pays jusqu’à ce jour fait partie de l’OTAN. L’administration d’Obama a largement fait confiance au FDS en Syrie. Ces derniers ont libéré de nombreux villages de l’emprise de Daesh, alors que la Turquie les bombardait les FDS et réarmait les villages qu’elle occupait. La position de la future administration Trump risque de se retrouver avec un allié dangereux qui fait la propagande de l’organisation terroriste de l’état islamique.

Dès lors, la préparation du siège de Raqqa (considérée comme la capitale de Daesh) risque de poser un problème dans les relations internationales américaines. En effet, le FDS a lancé l’opération “Colère de l’Euphrate”, quand Erdoğan lance le “Bouclier de l’Euphrate“. Le choix sera dès lors déterminant se traduisant par : la chute de Daesh ou la chute du FDS.

Donald Trump affirmait que “immédiatement après avoir pris mes fonctions, je demanderai à mes généraux de me présenter un plan sous 30 jours pour vaincre et détruire l’EI”. Pour le moment, il prépare plutôt l’armement et le renforcement de l’organisation terroriste, 30 jours seront nécessaires pour faire tomber toutes les rébellions.

La Syrie

Donald Trump a déclaré que “je n’aime pas Assad. Mais Assad fait la guerre à l’État islamique. La Russie fait la guerre à l’État islamique. Et l’Iran fait la guerre à l’État islamique”. La seule question qui importe à Donald Trump vis-à-vis du régime de Damas, de Poutine et d’Hassan Rohani serait la question de Daesh. On émettra beaucoup de doutes là-dessus, puisque le régime a collaboré à plusieurs reprises avec l’organisation terroriste notamment dans certaines batailles.

On comprend mieux pourquoi, le régime réplique “que le peuple américain a envoyé un message très important pour le monde”. La guerre civile contre la démocratisation du régime va s’intensifier, et les organisations islamistes partisanes de Bachar Al-Assad se retrouvent avec un vrai boulevard pour mater la rébellion et les civils opposés au régime. S’il existe des crimes de guerre de part et d’autre des deux camps qui s’affrontent, on ne peut que souligner la réjouissance de voir le pouvoir de Damas de retrouver du crédit vis-à-vis des États-Unis d’Amérique. On notera que “le peuple” qui a voté pour “Trump” est d’ailleurs minoritaire sur le papier (sic).

De ce fait, la Russie à travers les bombardements sur la ville d’Alep et l’Iran via ses différentes milices paramilitaires se retrouvent considérablement renforcer. Dans un conflit ayant fait plus de 300 000 morts, les réserves alimentaires atteignent un point critique important. Jan Egeland, responsable du groupe de travail de l’ONU sur l’aide humanitaire a déclaré qu’il “n’y aura plus rien à distribuer la semaine prochaine”. Les rations alimentaires seront bientôt épuisées à Alep-Est, avec le risque d’une véritable famine orchestrée par le régime de Bachar Al-Assad, et de la Russie. Le seuil critique risque d’être dépassé avec des conséquences dramatiques. D’ailleurs, les différentes aides humanitaires sont sous le contrôle de Damas, alors la situation ne peut qu’empirer de jour en jour. On peut penser qu’aucune aide ne parviendra à Alep-Est. Est-ce le début de la fin ? Non, mais il s’agit d’un véritable coup de poignard dans le dos des Syriens.

L’Irak

La question de l’Irak prend une notion importante aux États-Unis d’Amérique, puisque le pays y est englué dans une série de guerres depuis 2003, mais on pourrait remonter jusqu’à la guerre du Golf (entre 1990 et 1991). Si la question du renversement de Sadam Hussein peut interroger, la réalité de la situation en 2016 est tout autre.

De la fondation de l’État Islamique (en 2014) à sa mise en dynamique à travers la technique de la “guerre éclair” a permis une avancée considérable en Irak. Ainsi, l’organisation terroriste s’est retrouvée aux portes de Bagdad en 2015. Dans ce contexte, la bataille de Mossoul peut apparaître comme un moyen pour Trump de terminer le travail de George W. Bush. La chute du parti BAAS en Irak y est pour beaucoup dans l’organisation logistique et structurelle de l’état islamique.

L’un des plans d’Obama depuis 2008 était le retrait des troupes du sol irakien. C’est une chose effective puisque le dernier soldat a “officiellement” quitté l’Irak en décembre 2011. Seul des personnes entraînant les troupes irakiennes sont restées sur place.

La stratégie de l’isolationnisme va à l’encontre des différentes stratégies militaires de ces dernières années. Elle risque de laisser le champ libre à tous les adversaires que les différentes armées ont combattu. La situation paraît floue, et le flou permet la confusion dans une zone où les alliances de contexte sont largement assez confuses. De même, la logique de la non-intervention militaire des États-Unis d’Amérique se retrouve confronter à la réalité. N’est-ce pas une contradiction que Donald Trump avait comme ambition de demander un plan à l’État-Major pour éradiquer Daesh (sic) ?

Si beaucoup de personnes se tarirent que l’impérialisme américain est terminé, ils se trompent. Il s’agit juste d’une mutation structurelle et idéologique de l’impérialisme américain. On pourrait poser la question suivante : n’existe-t-il pas un pays qui fait de l’impérialisme au sens économique, comme militaire ?

Vers une mutation du gendarme du Monde ?

Si la question du gendarme du monde divise profondément notamment via l’ingérence. Il faut rappeler que cette dernière peut-être militaire comme économique (sanction, embargo, contrôle des capitaux d’un autre pays, etc.). La posture de Donald Trump apparaît comme particulièrement appréciée par de nombreuses personnes qui y voient la fin d’un cycle. Il s’agit d’un mirage.

Pourtant, la question géopolitique de la mise en avant de Donald Trump risque de s’inscrire toujours dans cette logique du gendarme du monde. Elle sera sûrement plus discrète. Toutefois, l’ancienne stratégie risque de pas changer dans le cadre d’une confrontation de la réalité face au pouvoir.


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