L’élection présidentielle : la vaste mascarade

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Pierre Le Bec – Révolution Et Libertés ©

Alors que le mouvement contre la Loi Travail a déjà repris le pavé et que les arrestations redeviennent légion, les condamnations pleuvent, le temps est venu de parler des primaires à l’élection présidentielle. Que cela soit chez les sociaux-démocrates, les libéraux, les conservateurs ou même les écologistes, la recherche d’un leader consensuel se met progressivement en place. Les primaires correspondent alors à la première étape de la course aux élections présidentielles.

Ainsi, la campagne pour la Présidence de la République, et celle des élections législatives a commencé de manière officieuse. La surenchère libérale et autoritaire reste de mise chez certains courants pour tenter de montrer qu’il y aurait une rupture entre le gouvernement actuel et les mesures qu’ils proposeraient.

Dans le même temps, les campagnes et les tractations pour les primaires s’accentuent. Pour la droite, nous assistons à une surenchère permanente. Mais, la gauche tente de se trouver un leader providentiel.

Primaire social-libéral et social-démocrate

La sociaux-libéraux et les sociaux-démocrates vont s’affronter pendant cette primaire, sur un enjeu de taille : la réforme du capitalisme. Dans sa branche libérale, il s’agit de continuer les politiques libérales avec un brin de social et la social-démocratie s’affirme comme la refonte d’un modèle altercapitaliste.

La question de l’avenir du capitalisme est posée à tous les adhérents de ces deux courants. Si les deux courants risquent de ne pas faire primaire commune, il existe des liens dans le cadre de la lutte qui ne peuvent trahir les positions. En effet, la volonté d’une primaire unique entre la social-démocratie et le social-libéral reprend des teintes entre l’alliance du Parti Socialiste et du Parti Communiste Français en 1972. L’histoire a montré que l’alliance entre la social-démocratie et le social-libéralisme favorise l’expansion du libéralisme et les politiques patronales.

Un candidat commun entre les deux tendances serait contre nature pour l’ensemble des travailleurs rejetant les politiques d’austérité. En effet, la question que pose le front commun s’affirme comme l’alliance avec ceux qui sont favorables aux politiques libérales et capitalistes. N’en déplaisent à tous les membres croyant encore dans le Parti Socialiste est capable d’une politique progressiste, la quasi-totalité des parlementaires membre du Parti Socialiste ont voté les politiques d’ajustement structurel. On peut dire que la candidature commune avec un Bureau National du Parti Socialiste va s’opposer au communiqué de presse du 22 juillet 2016 :

Le Parti socialiste tient à souligner l’implication et l’écoute constantes de la Ministre du travail Myriam El Khomri et du rapporteur du texte à l’Assemblée nationale Christophe Sirugue, tout au long du travail parlementaire.

Sous leur impulsion et avec l’appui constant du Parti socialiste, ce projet de loi a pu être amélioré pour assurer un équilibre précieux entre la nécessité de renforcer les outils du dialogue social, et les exigences de protection des salariés.

Le Printemps a vu fleurir une opposition importante contre la Loi Travail, la création d’un mouvement social de grande ampleur. L’acte II de la mobilisation se prépare puisque les décrets et arrêtés ministériels n’ont toujours pas été actés par les différents cabinets ministériels. De plus, le Parti Socialiste a adopté son texte dans la brutalité, la violence et la répression à travers l’application de l’article 49-3 pour montrer que le changement, c’est bien maintenant.

Cette primaire peut apparaître comme une importance plus ou moins capitale pour ceux qui ont encore de l’espoir dans les partis politiques et dans le cadre institutionnel de la politique. En effet, nombre de personnes ont cru que le changement de politique face à un libéralisme débridé passerait par des élections. Ces derniers se sont trompés, et parce qu’ils ont voté pour une gauche qui ne ressemble finalement plus à la Gauche, les questions des primaires paraissent incertaines pour l’électeur déçu.

Les électeurs de gauche sont dépossédés de la politique menée par Manuel Valls. Ils l’ont fait savoir en prenant la rue et bloquant différents sites de production. Or, la volonté de nombreux participants à cette primaire est de faire une candidature unique entre la gauche « radicale » et ce qu’il reste du « Parti Socialiste ». En tout état de cause, les réformes structurelles menées par le Parti Socialiste interrogent de nombreux travailleurs. Dans le fond, cela correspond à affirmer que puisque la « droite » revient un bloc unitaire apparaît comme important, puisque les idées défendues par cette dernière ne sont que le prolongement de ce que Nicolas Sarkozy a tenté de faire entre 2007 et 2012.

Les sociaux-démocrates dans le mouvement de la Loi Travail ont pris des positions conservatrices dans le cadre d’une hystérie médiatique. Se soumettant à la logique d’un altercapitalisme, ils acceptent volonté les règles édictés par la bourgeoisie.

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Les politiciens sociaux-démocrates et les casseurs

Jean-Luc Mélenchon déclare sur son blog le 17 Juin 2016 :

Ils ont polarisé toute l’attention des Français sur le soi-disant saccage de l’hôpital Necker. Cela après avoir sciemment organisé la formation d’une poche de casseurs qui détruisent tout en tête de cortège sans être inquiétés.

Autrement dit, le leader du Parti de Gauche affirme que le cortège de tête n’est que l’extension du pouvoir capitaliste. Cette vision tente à semer la confusion dans l’esprit des travailleurs pour opposer ceux qui ont recourt à la violence, et ceux qui n’en n’ont pas. Pire, il affirme que les casseurs ne sont pas inquiétés par les violences policières et les différentes charges policières. Il s’agit de propos de mauvaise foi. De nombreux camarades ont été arrêtés et certains sont dans les geôles de l’administration pénitentiaire. Mais, Jean-Luc Mélenchon continue en déclarant sur RTL, le 22 juin 2016 que

le seul problème que nous avons, c’est régler le sort d’une poignée de casseurs qui à chaque manifestation vient pour dégrader et détourner le sens du message que nous portons.

Sur son blog, il

a appelé à la vigilance citoyenne pour que le mouvement contre la loi El Khomri ne soit pas terni par quelques groupes de casseurs

Les termes « poche », « poignée », « quelques groupes » renvoient à l’aspect très minoritaire du cortège de tête, alors que dans le fond, si tout le monde ne participe pas aux violences, le slogan : « c’est qui les casseurs ? C’est eux les casseurs ! » (NDLR : en désignant les forces de l’ordre en train de réprimer) dépasse largement le cortège de tête. Mais aussi les termes « pour détourner le sens du message que nous portons », on pourrait dire qu’effectivement, le message porté par le cortège de tête n’est pas celui du Parti de Gauche. Dans le cadre de l’opposition à la Loi Travail, détourner le message de la lutte ? Mais aussi, la logique régulière tend à affirmer qu’il existe un lien entre les autonomes et les policiers en civil, cette théorie permet d’affirmer que le cortège de tête n’est pas « inquiété », alors que dans les faits, c’est tout autre chose. Enfin, les appels à la vigilance ont des tons très dangereux, puisque cela souligne la nécessité de la branche pacifique du mouvement contre la Loi Travail de coopérer avec les forces de l’ordre, et donc de dénoncer les différents « casseurs ». Coopérer avec ceux qui répriment dans le sang les manifestants témoigne d’un projet autoritaire.

Pierre Laurent dans un communiqué du 15 Juin 2016 :

Avec les parlementaires communistes, présents sur le point fixe du PCF situé boulevard de Port-Royal, j’ai pu constater, une nouvelle fois, que ces bandes de casseurs agissaient à l’écart de la manifestation. Alors qu’ils sont parfaitement identifiés, pourquoi ne sont-ils pas interpellés et comment peuvent-ils continuer à agir à chaque manifestation ?

Quand, le secrétaire national du PCF affirme « bandes de casseurs », le terme péjoratif renvoie instinctivement à des groupes inhérents. Dans la suite, l’affirmation que les actes des « casseurs » se font à « l’écart de la manifestation » soulèvent des interrogations sur ce qu’est la manifestation notamment sur la trajet, mais aussi sur la question de l’espace temporel. Comme Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent appelle à l’arrestation des casseurs. Coopérer avec ceux qui répriment dans le sang les manifestants témoigne d’un projet autoritaire.

Gérard Filoche écrit sur son blog, le 16 juin 2016

Que Hollande et Valls s’occupent de leur hooligans et de leurs casseurs qu’ils respectent et entendent la belle mobilisation populaire majoritaire

Ou encore le 23 juin 2016 :

Des syndicats de policiers s’interrogent sur les consignes ou l’absence de consignes face aux « casseurs ». On voit aussi des policiers civils habillés et mêlés aux casseurs : dans quel but ? Si des centaines de blessés ont été relevés dans les forces de l’ordre il y en bien plus, et plus sérieusement parmi les manifestants, et même les journalistes.

Le membre du Bureau National du Parti Socialiste demande clairement que les autorités répriment le mouvement autonome afin de faire des manifestations des mobilisations populaires. Alors que « populaire » signifie « qui a trait au peuple, qui émane du peuple ; aimé du peuple » ; on peut considérer que le mouvement autonome émane bien du peuple, mais aussi que contrairement à ce que pense la majorité des sociaux-démocrates, leur lutte offensive en est appréciée. Enfin, comme pour les deux derniers, la logique d’assimiler « les casseurs » au « policier en civil » participe à l’hystérisation social-démocrate et à des fantasmes. Coopérer avec ceux qui répriment dans le sang les manifestants témoigne d’un projet autoritaire.

Pour terminer, Alexis Corbière (actuel porte-parole de Jean-Luc Mélenchon) affirma le 27 Octobre 2010 que

aujourd’hui, les « casseurs » sont objectivement les alliés du pouvoir en place. Qu’ils en soient conscients, ou non. D’où l’enjeu du débat posé ici.

En conclusion, selon les sociaux-démocrates les « vrais manifestants » sont ceux qui chantent l’internationale, défilent passivement et obéissent aux CRS. Alors que les « faux manifestants » émanent directement du ministère de l’Intérieur puisqu’ils en seraient des alliés objectifs. La division du vrai, du faux dans les actions du prolétariat ne peut que servir les intérêts de la classe dominante.

Toutefois, une critique du mouvement autonome s’impose, mais à l’ombre des projecteurs et du populisme (ce sera sûrement le cas d’un article au cours du mois de Octobre).

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La Stratégie de division au profit du Capital

Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent ou encore Gérard Filoche incarnent le courant social-démocrate français. Rosa Luxembourg dans La crise de la social-démocratie écrivait:

La victoire du socialisme ne tombera pas du ciel comme fatum, cette victoire ne peut être remportée que grâce à une longue série d’affrontements entre les forces anciennes et les forces nouvelles

Les affrontements entre les forces nouvelles sont représentés entre autres par le mouvement autonome face aux forces anciennes, le mouvement social-démocrate français et les forces de l’ordre. L’idée prédominante que développe Rosa Luxembourg s’inscrit dans une logique que le capitalisme ne tombera sans un affrontement violent débouchant avec les forces de l’ordre bourgeois. Le livre a été écrit en 1915.

La vision que possède la social-démocratie française s’inscrit dans le cadre d’une lutte défensive dans le cadre de l’état de droit, c’est-à-dire dans les règles et les lois fixées par les parlementaires, autrement dit la bourgeoisie. Ainsi en se fixant comme limite la nature juridique de l’état de droit, les méthodes dépendent par ailleurs des limites que veut bien imposer la classe dominante. Dans ce raisonnement, le dépassement des limites imposées par la bourgeoisie dans le cadre d’un front « offensif » se traduit par le refus de s’associer avec ces personnes. Des affrontements entre révolutionnaires et sociaux-démocrates peuvent avoir lieu ponctuellement.

D’un point de vue marxiste, les forces de l’ordre ont pour objectif de défendre l’état c’est-à-dire la bourgeoisie. Les affrontements contre les forces de l’ordre dans le cadre des mouvements sociaux se traduisent sur le papier par l’opposition entre défense du prolétariat pour les uns et défense de la bourgeoisie pour les autres (quand bien même ce ne sont que des prolétaires).

Une lutte offensive pour conquérir de nouveau de droit passe nécessairement par la violence. Opposer sans cesse les manifestants ne peut-être que le produit de cette bourgeoisie. Or, on constate que ces personnes ont une volonté de rompre avec la vieille classe politique poussiéreuse. Dans le fond, ils ne font que reproduire les méthodes du vieux monde.

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Lutter contre la loi travail … et son monde

Celui qui lutte contre la Loi Travail doit aussi lutter contre le monde qui entoure la Loi Travail que ce soit sur le plan éthique ou capitaliste. En effet la question de la lutte contre le capitalisme signifie par ailleurs lutter autant contre les libéraux que contre les réformistes petit-bourgeois.

Rosa Luxembourg écrivait dans Réforme Sociale ou Révolution (Partie II, 3.

Dans le cours légal, il [Bernstein NDLR] voit l’action du raisonnement ; dans son cours révolutionnaire, celle du sentiment ; dans le travail réformiste, une méthode lente ; dans la révolution, une méthode rapide de progrès historique ; dans la légalité, une force méthodique, dans l’insurrection, une violence spontanée.

C’est une chose bien connue que le réformateur petit-bourgeois aperçoit en tout un  » bon  » et un  » mauvais  » côté et qu’il mange à tous les râteliers. C’est aussi une chose bien connue que le cours réel de l’histoire ne se soucie guère des combinaisons petites-bourgeoises, et renverse d’un coup les échafaudages bien construits et les calculs, sans tenir compte des  » bons côtés  » des choses, si bien triés en tas.

En fait, dans l’histoire, la réforme légale ou la révolution se mettent en marche pour des raisons plus puissantes que le calcul des avantages ou des inconvénients comparés des deux méthodes.

Dans l’histoire de la société bourgeoise, la réforme légale eut pour effet de renforcer progressivement la classe ascendante jusqu’à ce que celle-ci se sente assez forte pour s’emparer du pouvoir politique et mettre à bas le système juridique pour en construire un nouveau. Bernstein, qui condamne les méthodes de prise de pouvoir politique en leur reprochant de reprendre les théories blanquistes de la violence taxe à tort de blanquisme ce qui est depuis des siècles le pivot et la force motrice de l’histoire humaine. Depuis qu’il existe des sociétés de classe et que la lutte des classes constitue le moteur essentiel de l’histoire, la conquête du pouvoir politique a toujours été le but de toutes les classes ascendantes ainsi que le point de départ et le point d’aboutissement de toute période historique. C’est ce que nous constatons dans les longues luttes de la paysannerie contre les financiers et contre la noblesse dans l’ancienne Rome, dans les luttes du patriciat contre les évêques et dans celles de l’artisanat contre les patriciens dans les villes du Moyen-âge, ainsi que dans celles de la bourgeoisie contre le féodalisme dans les temps modernes.

La réforme légale et la révolution ne sont donc pas des méthodes différentes de progrès historique que l’on pourrait choisir à volonté comme on choisirait des saucisses chaudes ou des viandes froides au buffet, mais des facteurs différents de l’évolution de la société de classe, qui se conditionnent et se complètent réciproquement, tout en s’excluant, comme par exemple le pôle Sud et le pôle Nord, la bourgeoisie et le prolétariat.

Il faudrait publier l’ensemble du chapitre, Rosa Luxembourg termine ainsi :

Tous les chemins mènent à Rome : nous aboutissons logiquement, ici encore, à cette conclusion que le conseil révisionniste d’abandonner le but final socialiste revient à abandonner le mouvement socialiste tout entier.

Autrement dit, nous n’avons rien à faire avec les réformistes et les petits-bourgeois (racistes, racialistes, xénophobes, etc.) , que ce soit sur le plan de la lutte, ou sur le plan du vote.


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