Après l’attentat à Nice, l’état est d’urgence est prolongé

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(c) Valery HACH / AFP

Le 14 juillet dernier, un attentat au camion lourd (un 19 tonnes frigorifique) fait 86 morts, et près 434 blessés dont 52 dans un état d’urgence absolue et 25 en réanimation. Mohamed Lahouaiej Bouhleld s’est inspiré des « bombs trucks » de l’état Islamique en Syrie et en Irak.

L’organisation terroriste a revendiqué l’attentat le 16/07. Mais des zones d’ombre restent importantes, il faut laisser le temps de l’enquête pour en savoir plus.

Le plan blanc a été déclenché par la Préfecture des Alpes Maritime et l’ARS. Comme à son habitude Marisol Touraine a salué le travail des professionnels de l’Hôpital et de leur spontanéité, pendant qu’elle s’acharne à déconstruire les Hôpitaux de France avec la suppression de 22 000 postes. On notera que la ministre n’a toujours pas compris la philosophie du soignant qu’il soit médical, chirurgical ou paramédical.

Il devient important que chacun soit formé aux gestes de premiers secours et nous prenions conscience que les premières minutes permettent de sauver des personnes. Cela permet de gérer des crises, mais aussi de servir dans la vie quotidienne. La rationalité demande un budget, je ne crois pas que Marisol Touraine soit dans un esprit, puisque la course à l’économie reste de mise.

Je ne doute pas du bouleversement que l’attaque a créé chez certaines personnes, mais il faut revenir à la réalité. Il y a le temps du deuil et le temps de l’action. L’émotion et les larmes suscitées par ce terrible évènement ne peuvent cacher le véritable danger qui guète. Les images des attentats diffusés quasiment en direct par les chaînes d’information montrent rouvrent une nouvelle blessure. Cela s’accompagne par un lacement (de nombreux dessinateurs ont refusé de réaliser des dessins) et une colère qui peut-être légitime. Justement, le dérapage créé par les sentiments et l’absence de raisonnement à froid entraîne sur le terrain une situation particulièrement dangereuse puisqu’elle ouvre les vannes de la démagogie et du populisme.

À force de vouloir chercher des responsables étatiques, nous assistons à une surenchère sécuritaire et autoritaire. Les idées les plus farfelues se mettent en évidence des lances-roquettes à la peine de mort. Ce manque de décence suit la longue dérive des deux dernières années et des situations en post-attentats. La bourgeoisie essaye tant qu’elle peut de tirer des bénéfices de ce massacre.

Le réveil aura été compliqué. L’union nationale voulue par le Président de la République a volé en éclats en quelques heures. Le deuil national n’a plus vraiment de sens, lorsqu’on voit les politiciens se déchirer les uns contre les autres. L’éthique a laissé place à une réaction primaire, propre aux différents milieux conservateurs.

L’application SAIP (système d’alerte et de protection des populations) a dysfonctionné soulevant de nombreuses questions sur la nature du logiciel. En effet, le lanceur d’alerte sur smartphone est censé se mettre en route en cas de différents incidents : attaque terroriste, accident nucléaire, incident Seveso, rupture de barrage, etc. On constate aussi que l’application de « Safety Check » de « Facebook » a été plus efficace.

Dans son allocution à la télévision, le Président de la République a affirme qu’il a « décidé que l’état d’urgence qui devait prendre fin le 26 juillet serait prolongé de trois mois. Un projet de loi sera soumis au Parlement d’ici la semaine prochaine« , affirmant en même temps que « notre arsenal législatif a été considérablement renforcé ».

Comment expliquer aux personnes vivant sur le territoire que l’état d’urgence n’a pas permis d’anticiper l’attentat de Magnanville et de Nice ? Ceux qui pensaient que l’état d’exception était la solution après les attentats du 13 novembre pour lutter contre le terrorisme ont tout faux. Les résultats sont mauvais, mais les différents élus enchaînés dans la surenchère n’en n’ont pas fait le bilan. Les conséquences des attentats seront très lourdes, mais avec l’état d’urgence rien ne permet d’éliminer le risque zéro du terrorisme. Dans une interview du JDD, Manuel Valls a affirmé dans une certaine lucidité que « c’est difficile à dire, mais d’autres vies seront fauchées« .

La prorogation de l’état d’urgence pose un sérieux problème pour les libertés individuelles, mais aussi à la lutte contre le terrorisme. En voulant se passer de l’autorité judiciaire, l’état refuse tous les contrôles a priori, pour les donner à la justice administrative, qui contrôle les décisions a posteriori. La carte est libre pour le gouvernement de procéder à des perquisitions administratives, des rétentions administratives, et des interdictions de territoire (notamment pour les manifestations). La séparation des pouvoirs, point angulaire de la République se dilue doucement au nom d’une lutte sans queue, ni tête.

À force de vouloir reprendre la devise du Front National « la sécurité est la première des libertés », on en oublie qu’il ne s’agit pas d’une liberté, mais du besoin fondamental de Virginia Henderson « être en sécurité ». C’est dans ces termes que le Président de la République s’est exprimé « il permettra ainsi le déploiement de tous les effectifs nécessaires dans tous les sites et toutes les villes, où nous avons besoin de protection et de vigilance ».

En effet, la législation législative française en matière de terrorisme permet déjà un certain nombre de mesures. En effet, la quasi-totalité des mesures inscrites dans la loi sur l’état d’urgence sont inscrites dans les différents codes. À la grande différence, ces mesures restent sous le contrôle d’un juge judiciaire alors le parquet si bourgeois et réaction qu’il soit, prend les mesures pour orienter l’enquête. Si les mesures en grande partie existent déjà, c’est que l’état d’urgence ne peut qu’être politique et démagogique. Je le répète régulièrement : on ne combat pas une idéologie meurtrière avec des lois liberticides.

Les conséquences sont déjà connues avec la dérive de cet état d’exception. Jusqu’au 26 octobre, nous allons vivre la dérive d’un régime parlementaire républicain. On rappelle que ce sont les mesures contre le terrorisme qui ont permis l’interdiction de nombreuses manifestations et de personnes de rejoindre des manifestations.

Une idéologie ne se combat pas avec des armes et des restrictions de libertés, mais avec des arguments.


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