Les manifestations nassées, une idée réactionnaire

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Une nasse près de l’Assemblée Nationale. Pierre Le Bec – Révolution Et Libertés ©

Le gouvernement s’illustre selon le discours officiel pour empêcher tous débordements au sein des manifestations. Il applique un système de filtrage important permettant l’arrestation de personnes considérées comme susceptible de participer à des débordements.

Il y a eu le mur de Berlin, il y a maintenant le mur des Forces de l’ordre. Ce mur permet un encadrement des « manifestations » sur un trajet où toutes les issues latérales sont condamnées par des grilles, des canons à eau (mélangé à des produits chimiques) et les rangs des forces de l’ordre. Quand une personne entre, elle sort par la fin de manifestation. Les sorties de secours sont condamnées.

Ce dernier se base essentiellement sur l’ensemble de fichiers qu’ils ont à leur disposition. Sur cette base, de nombreux manifestants sont interdits de manifestations nassées.

Les débordements des forces de l’ordre poussent l’être humain à s’adapter face à la menace omniprésente. Ainsi, l’usage de différentes grenades (desencerclement, , lacrymogène, mixte, etc. à hauteur du visage), des LBD40 à hauteur de tête, des lanceurs cougar en tir tendu poussent les manifestants à s’adapter face à ces situations pouvant être mortelles. L’état remet peut-être en cause la théorie de Darwin, sur l’évolution des espèces et de leur adaptation à un univers particulier. Il en va de même pour ceux qui manifestent. Le sérum physiologique, le masque, le casque, les lunettes de protection, etc. sont considérés comme des armes de défense par les forces de l’ordre. Posséder une trousse de secours s’en avoir un lien avec le médical/paramédical peut vous emmener en garde-à-vue.

Depuis, le guet-apens tendu devant l’Hôpital Necker, la Préfecture de Police n’a toujours pas assumé sa responsabilité concernant les incidents qui s’y sont produits et la menace qu’elle a fait peser sur les patients. Ensuite, la casse des droits du personnel paramédical a été totalement négligée par la Préfecture de Police avec la bienveillance de la direction de l’APHP. Entre entre Michel Cadot et Martin Hirsh, c’est le grand amour. Les deux s’attaquent aux travailleurs.

La nasse ou le kettling sont pourtant extrêmement dangereuse. En limitant volontairement la liberté d’aller et venir, il s’agit d’une rétention administrative entièrement dissimulée. Mais la volonté de maintenir des personnes dans des lieux, c’est-à-dire dans des rues, des places ou des bâtiments (comme la Bourse du travail). La rétention est imposée par les autorités administratives.

Les déclarations de manifestation contre la Loi Travail ne sont plus offensives, mais sont défensif et soumis à la Préfecture de Police. Si la manifestation du 23 juin 2016 n’a pas été interdite par la Préfecture de Police, c’est que les syndicats se sont baissés devant l’administration et l’état. Mieux valait une manifestation interdite, qu’une manifestation nassée. La circonstance fait que cela demeure maintenant la règle.

Le 23 juin dernier, les forces de l’ordre procèdent à l’arrestation de 95 personnes au cours des différents filtrages, dont des journalistes. Pour faire passer du matériel médical, il faut prouver son attachement au corps médical/paramédical, sinon c’est l’arrestation (à cause des ciseaux pour couper les pansements considérés comme une arme). Nous en arrivons à l’absurdité, puisque les victimes et les secouristes/soignants en manifestation sont largement menacés voir attaqués pendant des soins d’urgence.

Tous ces mécanismes aboutissent à des baisses importantes du nombre de manifestants. Les manifestations nassées n’aboutissent pas, puisque ce sont les trajets que la préfecture impose aux différentes centrales syndicales. L’ensemble du mouvement prolétarien doit reprendre les décisions sur son avenir au lieu de les laisser à une Préfecture de Police.

On ne peut que conclure que les nasses comme manifestation ne peuvent déboucher que sur une sortie du mouvement social. Toutefois, il n’est pas question de reprendre les termes de la tribune de Yannis Youlountas et ses confrères « Contre la mise en cage du droit de manifester » qui se résume par cette citation « nous appelons tous les manifestants à faire de même, à rester à la périphérie de la cage qu’on nous destine, à observer ce qui s’y passe, et à exercer quand c’est possible, chacun à sa manière, le libre droit de manifester ». Loin de cette affirmation petite-bourgeoise de se situer derrière les forces de l’ordre  ne permet absolument pas d’exercer « le libre droit de manifester ». Au final, ce sont toujours les forces de l’ordre qui possède le libre-arbitre sur eux. Autrement dit, « le libre droit de manifester » reste soumis à la direction de la Préfecture de Police.

Si les manifestations syndicales ne sont plus efficaces d’un point de vue stratégique, la solution ne peut qu’être ailleurs. En effet, que ce soit les actions directes, les manifestations sauvages ou encore les différents sabotages stratégiques, les idées ne manquent pas. Mais encore faut-il que l’engagement offensif pour de nouveaux droits se fasse dans un cadre de lutte des classes.


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