L’État d’Urgence au chevet de la Loi Travail

etat-d-urgenceLes attentats terroristes du mois de Novembre paraissent particulièrement loin. Pourtant, en réaction à ces horribles actes, l’état d’urgence reste le résidu des attentats ignobles. À la grande différence des attentats, ce régime d’exception est une volonté d’une majorité très large utilisant  la vague d’attentats et l’émotion des personnes à des fins personnels.

Le terrorisme a toujours existé en France, notamment à Paris, il ne représente pas une nouveauté, puisqu’il apparaît vers 1850. Si la deuxième prorogation de l’état d’urgence ne conduit pas à des arrestations, des perquisitions administratives,. Sur 3 289 perquisitions administratives effectuées, seules cinq procédures concernent des faits de terrorisme, contre 202 relevant du chef d’infraction à la législation sur les stupéfiants. On en déduit que la seconde loi sur l’état d’urgence n’a pas pour objectif de lutter contre le terrorisme comme le montre les chiffres. l’utilité en est autre. Les motifs employés par Bernard Cazeneuve s’inscrivent non pas dans une trahison, mais dans la logique de la pensée actuelle. De plus la réforme constitutionnelle ne verra également pas le jour avec la vision de créer deux français différents.

Depuis, nous sommes dans une confrontation importante dans le cadre de la Loi Travail.

Dans un dernier article (29/11/2015) j’écrivais ceci :

L’État profite de la situation de non-droit dans lequel nous sommes pour s’attaquer aux militants écologistes, anticapitalistes, altermondialistes. Tout est bon pour briser les éléments qui remettent en cause l’ordre capitaliste, c’est-à-dire l’ordre public. […] Le travailleur qui ne lit pas les lois dans les grandes lignes, ne possèdent très peu de connaissance sur le droit. Sur ce point précis, les forces de l’ordre en profitent et en abusent.

La « loi n° 2016-162 du 19 février 2016 prorogeant l’application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l’état d’urgence » soulève des questions très importante sur le maintien de l’ordre publique et politique. En effet, l’article 6, §3 et 4 affirme la volonté « d’instituer, par arrêté, des zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est réglementé » « D’interdire le séjour dans tout ou partie du département à toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l’action des pouvoirs publics ».

Dans le cadre du débat sur la Loi Travail, il est évident que l’on veut bloquer et paralyser le pays (les entreprises et les pouvoirs publics) afin de faire comprendre au Patronat et au Gouvernement, que lorsque prolétariat a l’intention de reprendre en main son avenir. Il s’agit inexorablement d’une « entrave » au capitalisme. Les centaines de millions de manifestants seront-ils interdits du territoire pour exercice du droit syndical et du droit de manifester.

De plus, l’article 8, §2 souligne que  : « peuvent être également interdites, à titre général ou particulier, les réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre ». Pourtant, une fois n’est pas coutume, les articles L-211-1 à L211-16 du Code de la Sécurité Intérieure (CSI) traitent justement des règles concernant ces manifestations. Le législateur dans sa redondance n’a pas su trouver une justification sérieuse. De plus, cette insertion ne préfigure pas dans le Projet de Loi originel. Autrement dit, il s’agit d’une vision particulière du maintien de l’ordre en période de crise. SI la loi sur l’état d’urgence n’est pas une loi organique, elle a pour vocation de jouir de ce statut à long terme. Ainsi, il apparaît que la loi sur l’état d’urgence ne peut qu’être supérieur au CSI, pourtant plus clair via son article L211-4 : « Si l’autorité investie des pouvoirs de police estime que la manifestation projetée est de nature à troubler l’ordre public, elle l’interdit par un arrêté qu’elle notifie immédiatement aux signataires de la déclaration au domicile élu ». Les trois verbes « provoquer » ou « entretenir » ne sont pas présents dans l’article ci-dessus. Leur différence paraît marginale avec « projeter ». Or, on se rend bien compte qu’il y a une différence assez claire concernant la préméditation des deux articles. Les deux premiers verbes désignent une action qui va avoir lieu, alors que l’autre affirme une action en projet. De plus, la question du désordre devient un problème majeur, puisque dans le jargon judiciaire, on parle de l’ordre public. Il en ressort finalement que le flou des expressions utilisées dans l’article 8, §2 permet d’aller plus dans l’interprétation de la Loi et extension des conséquences.

De plus, la question du désordre est-elle liée à la mise en dynamique d’une simple manifestation ? On se rend compte d’un point de vue bourgeois et capitaliste que ceux qui remettent le capitalisme, ont pour objectif de créer un désordre. Très vite, la question de l’état d’urgence va de paire avec une stabilité incroyable du régime. Dans le cadre de « la Loi Travail » qui représente par référence la question néolibérale. Il devient assez évident que, leurs opposants que ces derniers ne peuvent qu’entraîner et maintenir le désordre.

DSC04439De ce fait, les éléments de la manifestation du samedi (06/04/2016) résultent de cette situation pas très paradoxale. La vocifération sans cesse de la bourgeoisie (peu importe sa position politique) d’une certaine violence tend nécessairement à s’interroger sur la question de la violence de l’état et de l’état d’urgence. Très vite, ceux qui possèdent la part du capital, condamnent fermement les protestations pour réclamer d’avantage de droits et de libertés. On peut s’interroger de la question réelle concernant la sécurité de la part du Préfet de Police. Ce dernier porte certes le sang de sa jeunesse sur les mains, mais en arriver à faire surveiller une manifestation par un Hélicoptère en rase-motte ne peut-être crédible. De plus, un vol quasi-stationnaire à 25 à 50 mètres correspond un danger très important pour les manifestants et les habitants en cas d’accident de ce dernier. La sensibilisation de la peur va de paire avec la notion de criminalisation des manifestants. Le moment suit donc une logique imparable, les manifestants sont accusés de faire le jeu du terrorisme, alors les enquêtes patinent. De plus, ce genre d’engin n’est pas une chose de nouvelle, la nouveauté reste la question de l’altitude. Pour une manifestation de 4 Millions de personnes comme Charlie Hebdo avec des chefs d’états, elle était considérée moins dangereuse qu’une manifestation avec 100 000 personnes.

Arme de guerre sur la place de la républiqueOn remarque aussi l’apparition d’armes de guerre sur la Place de la République. Les fusils tenus par les CRS inquiète sur la nature réelle des intentions du gouvernement, la présence du fusil d’assaut Ruger Mousqueton AMD 556 résume en substance la volonté des personnes qui maintiennent l’ordre.

De plus, le mouvement réformiste et petit-bourgeois « Nuit Debout » ne demeure pas une menace importante pour l’état. Il s’avère qu’autre chose traverse l’esprit du Ministère de l’intérieure. Ce ne sont pas les débordements qui font sortir les mêmes armes qui au lendemain du 13 Novembre étaient omniprésent dans les rues de la Capitale. Dans le raisonnement intellectuel de Bernard Cazeneuve, la présence d’armes de guerre démontre la dangerosité du mouvement. Dans un communiqué, le Ministre de l’Intérieur a entretenu sa stratégie de peur et d’intimidation.

CgCO56pW8AQ_HRnForce est de constater que la vision du gouvernement via la Préfecture de Police tend à affirmer qu’il s’agit d’un groupe de casseurs, d’où sa dangerosité.

cftq74cwwamawla.jpg_large-9d3bdDe plus, nous assistons au renforcement des différentes corporations policières. Le gouvernement est prêt à tout pour écouter ces personnes. Dans la manifestation du 06/04/2016 entre République et Nation via Bastille, des hommes armés jusqu’au dent, étaient venus pour en découdre avec les manifestants. En voulant instaurer la terreur dans les rues de Paris, il n’y a aucun doute sur le fait que ce groupe s’inscrit dans la tradition du viol et des meurtres de la CFT et la CSL. Autant dire, derrière l’uniforme, ce sont avant tout des militants d’extrême, voir d’ultra-droite. Ils défendent logiquement l’ordre bourgeois et le capitalisme. De ce fait, ils sont prêts à tout pour le conserver. L’infiltration ci-contre témoigne de la volonté de ces fonctionnaires d’en découdre avec le prolétariat. Les intimidations utilisées par les nervis entraînent inexorablement un désordre important dans les manifestations. Une fois de plus, on se rend compte que légalement parlant ces personnes sont des plaies.  En l’occurrence, les affrontements viennent de ces personnes. La provocation policière génère des débordements. Loi ou pas, ils portent une responsabilité et sont une menace pour la société. Il faut dire que ce sous-prolétariat préfigure l’un des points de départ du totalitarisme, on se doute bien de quoi ils sont capables sous une dictature, déjà qu’ils forment une police politique.

Nous sommes loin de Sharko et Lucie dans les livres de Franck de Thillez.

12961499_986486271434859_1474154581672469139_nL’utilisation du mot « Bankster » dans la banderole. Le terme a été inventé par Céline dans l’Ecole des Cadavres, en 1938 : « Démocrates enthousiastes de la démocratie la mieux négrifiée, judaïsée, pétrolisée, spéculeuse, bankstérisée, détrousseuse de la mappemonde ». De plus, la question de référence sans cesse à Rothshild ne peut que renvoyer à une forme régulière de l’antisémitisme. De plus, il s’agit d’une référence très importante dans les mouvements fascistes. On se pose aussi des questions sur le fait que le mouvement dans son ensemble revendique la banderole.

DSC04497Sur la place de la République, un groupuscule tente de réécrire la constitution. « Les Ateliers Constituants » sont un des blogs d’Etienne Chouard. De plus, il faut noter qu’Etienne Chouard est un antisémite, négationniste et conspirationniste dont son travail est très apprécié au sein de l’extrême droite. Ils se réunissent tous les soirs dans cet air confusionniste et complotisme. Les Virus sont nécessairement mauvais, en proposant la méthode du « tirage au sort », ces derniers souhaitent l’abolition de la République en installant un gouvernement d’inspiration fasciste et technocratique.

De même, lorsque le Cercle des Volontaire (pro-poutine et conspirationniste très proche du FN) n’ont pas hésité à faire la promotion de leur site.

Il faut dire que les corporations policières ont un soutien de poids, celle du Front National. Ils sont copains comme cochons.

En effet en paraphrasant la phrase apocryphe et mensongère de Winston Churchill, le parti d’extrême-droite affirme clairement que le mensonge sera un apaisement pour la France : « Le prétendu antifascisme, c’est en réalité la réincarnation d’un fascisme des temps modernes, qui défie la France et la République. Ce ne sont pas des « antifas », mais bien des « fas » pour fascistes ». En utilisant la stratégie de Goebbels, on se pose de sérieuses questions.

Une stratégie de peur incroyable se met en place pour les naïfs des classes moyennes, ne possédant peu ou pas de culture politique. Wallerand de Saint-Juste, avocat abstentionniste, multirécidiviste et présumé-coupable pour des détournements d’argent public souhaite aussi la dissolution de « Nuit Debout » qu’il qualifie de « centre opérationnel du saccage de Paris ».

Finalement, état-d’urgence, flics, patron, extrême-droite, les bons amis ont toujours su s’allier quand il s’agissait de défendre l’intérêt de la bourgeoisie et des capitalistes. La boucle est fermée.

Si la surveillance et la répression des opposants à la Loi El-Khomri s’intensifient, il s’agit du résultat logique de la lutte des classes. Pour arriver à imposer un texte, toutes les méthodes sont bonnes comme des mutilations volontaires, l’intimidation et le harcèlement quotidien. Le jeu incessant de la peur ne peut que conduire à un renforcement du mouvement.

Le mouvement prend de l’ampleur, les couches populaires et les classes populaires sont parfaitement mécontentes. La bourgeoisie reprend le vieux refrain : « classe laborieuse, classe dangereuse ». De ce fait, la criminalisation suit cette logique, ceux qui refusent l’ubérisation de la société et la paupérisation grandissante sont considérés comme une menace de haute importance contre les intérêts de la classe dominante. Cette criminalisation du mouvement s’inscrit dans la logique du sécuritaire à tout-va. Le discours officiel de lutte contre le terrorisme est devenu en réalité un discours fondamental de lutte contre les libertés publiques et toutes formes d’opposition.

Laisser un commentaire