Explication du Mémorandum de l’Eurogroupe imposé de force à Alexis Tsipras.

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Le mémorandum signé par l’Eurogroupe et Alexis Tsipras a permis de garder la Grèce dans la zone Euro au prix d’un programme d’austérité extrême démontrant la volonté des pays de la zone Euro d’accentuer la dépression créée depuis 2010 avec les deux derniers mémorandums.

Alors qu’une partie de la Gauche radicale française s’est réjouie de cet accord-là, il apparaît logique de montrer non point les axes, mais le fond du mémorandum. J’ai choisi une analyse linéaire.

Ainsi voilà ce que comporte le Mémorandum :

en introduisant des réductions quasi automatiques des dépenses en cas de dérapages par rapport à des objectifs ambitieux d’excédents primaires

La réduction quasi “automatique” nécessite la mise en place d’une loi visant à créer une limite maximum en terme de dépense ainsi qu’une limite maximum de la dette publique grecque qui se trouve à ce titre dans le Traité de Maastricht, cette dernière doit être de 60 % maximum. On constate la volonté de l’Eurogroupe d’inscrire dans la constitution grecque la “règle d’or”, qui est déjà intégré dans le TSCG avec une limite de 0.5% de déficit public. Il s’agit de la mise en œuvre de la logique de l’ordolibéralisme : donner un caractère législatif à toutes les mesures afin que ces dernières soient gravées dans le marbre.

d’une mise en œuvre au plan juridique et que le Parlement grec aura approuvé tous les engagements figurant dans le présent document, avec vérification par les institutions et l’Eurogroupe, qu’une décision pourra être prise donnant mandat aux institutions de négocier un protocole d’accord.

La mise en œuvre du plan doit s’accompagner d’une réforme de l’état à marche rapide. D’autant que le mandat des institutions n’est autre que la violation de la souveraineté de la Grèce comme on le verra plus bas.  Or, le protocole de l’accord n’existe pas puisqu’il s’agit en réalité d’un accord arraché sous la menace et l’intimidation dans des négociations qui n’en étaient pas.

Le gouvernement grec doit s’engager formellement à renforcer ses propositions dans un certain nombre de domaines recensés par les institutions, en les accompagnant d’un calendrier suffisamment précis pour ce qui est de la législation et de la mise en œuvre, y compris des critères de référence structurels, des échéances et des critères de référence quantitatifs, afin de donner une idée claire de l’orientation des politiques à moyen terme.

Ainsi, il est demandé à la Grèce de tenir un calendrier qui expose de manière claire, expresse, positive pour la mise en place des réformes de l’Eurogroupe.

mener d’ambitieuses réformes des retraites et définir des politiques visant à compenser pleinement l’incidence budgétaire de l’arrêt de la cour constitutionnelle relatif à la réforme des pensions de 2012

La cour suprême grecque a considéré comme anticonstitutionnelle la réforme des pensions de retraite de 2012. L’arrêt qui en découle est vécu par l’Eurogroupe comme un accident, laissant voir la volonté de passer au-delà de la constitution. Mais aussi, l’incidence budgétaire et la gestion comptable de l’état prévalent sur la condition réelle de vie des retraités grecs qui ont été écrasés par les réformes des gouvernements Samaras/Papandréou/Papadémos. Ainsi, la paupérisation des retraités est nécessaire pour arriver à équilibre parfait du régime des retraites. D’autant que les retraites complémentaires au plus démunis seront supprimées bientôt, l’âge légal sera fixé à 67 ans. À quel prix cela se fera ? Au prix d’un désastre social toujours plus intense, l’extrême-survie n’est que la vision proposée aux Grecs.

adopter des réformes plus ambitieuses du marché des produits […] ouverture des magasins le dimanche, périodes de soldes, propriété des pharmacies, lait et boulangeries, à l’exception des produits pharmaceutiques vendus sans ordonnance qui feront l’objet d’une mise en œuvre à un stade ultérieur, ainsi qu’en ce qui concerne l’ouverture de professions fermées essentielles au niveau macro-économique (par exemple, les transports par ferry).

La réforme des produits ainsi que l’ouverture de professions fermées n’est ni plus qu’une  étape parmi tant d’autres de casse du droit du travail. La libéralisation du marché du travail que l’on appelle la flexisécurité est une arme redoutable concernant le chômage. En effet, la suppression progressive du droit du travail permet d’une part la hausse du chômage, la création de contrat à temps-réduit partout, cela augmente aussi la paupérisation de la population. Ensuite, l’ouverture le dimanche, comme chacun le sait n’a jamais permis de créer plus de richesse. En réalité, ces mesures n’aboutiront à rien, puisque la demande étant actuellement nulle, cette politique de l’offre appauvrira encore plus la société grecque. De plus, l’ouverture des transports aux transports privés créera une augmentation des prix des transports et de ce fait empêchera toute mobilité des plus démunis.

en ce qui concerne les marchés de l’énergie, procéder à la privatisation de l’opérateur du réseau de distribution d’électricité (ADMIE), à moins que l’on puisse trouver des mesures de remplacement ayant un effet équivalent sur la concurrence, comme convenu par les institutions;

La privatisation des marchés de l’énergie : pétrole, gaz, électricité, etc. va générer à l’État Grec une somme équivalente à l’évaluation des structures. Il s’agit d’une somme ponctuelle. D’autant que la Troïka a tendance à brader les biens grecs au profit des multinationales. De plus, il a toujours été démontré que la privatisation des services élémentaires de l’état permet aux entreprises d’augmenter leur prix, puisque la concurrence est non-libre et faussée avec différents monopoles créés de fait une entente entre les partenaires. De plus, l’objectif est avant tout non pas de rendre un service aux citoyens grecs, mais d’arroser les actionnaires en dividendes. Ces derniers ont besoin d’un chiffre d’affaires et des profits en croissance d’où l’augmentation des prix.

en ce qui concerne le marché du travail, entreprendre un réexamen rigoureux et une modernisation des négociations collectives, de l’action syndicale et, conformément à la directive pertinente de l’UE et aux bonnes pratiques, des procédures de licenciement collectif selon le calendrier et l’approche convenus avec les institutions. Sur la base de ces réexamens, les politiques du marché du travail devraient être alignées sur les meilleures pratiques internationales et européennes, sans que cela se traduise par un retour aux politiques antérieures qui ne sont pas compatibles avec les objectifs de croissance durable et inclusive;

La réforme du marché du travail dont j’ai traité plus haut s’alignera sur les politiques libérales, dont l’objectif réside dans la flexibilité afin que les travailleurs ne soit que des variables d’ajustement pour les entreprises, mais aussi garantir au-dessus du travailleur la toute-puissance de l’entreprise et donc la soumission du salarié. Ainsi la casse de l’action syndicale, des conventions collectives entrent dans la vision tant souhaitée de l’économiste extrémiste Hayek. La croissance ne peut-être durable avec ces mesures, puisque la finance génère le chômage. De plus, les indemnités de licenciement baisseront.

élaborer un programme de privatisation nettement plus étoffé avec une meilleure gouvernance; des actifs grecs de valeur seront transférés dans un fonds indépendant qui monétisera les actifs par des privatisations et d’autres moyens […] une source permettant le remboursement programmé du nouveau prêt du MES et générera sur la durée du nouveau prêt un montant total fixé à 50 milliards d’euros, dont 25 milliards d’euros serviront au remboursement de la recapitalisation des banques et d’autres actifs, et 50 % de chaque euro restant (c’est-à-dire 50 % de 25 milliards d’euros) serviront à diminuer le ratio d’endettement, les autres 50% étant utilisés pour des investissements.

Un programme de privatisation a pour objectif de générer un prêt 50 Mds dont la moitié servira à la recapitalisation des banques.  De plus, les 12.5 Mds d’euros serviront à baisser le ratio d’endettement, c’est-à-dire au minimum 5.5 % du PIB, puisque ces derniers iront aux créanciers. Ainsi, sur le prêt de 50 Mds  d’euros du MES, 37.5 Mds d’euros iront à la finance, soit 75 % du prêt. Seulement 12.5 Mds seront utilisés à l’investissement. Ainsi sur un prêt de représentant 23 % du PIB grec, juste 5.5 % de la dette en fonction du PIB de la dette diminuera. Bref, le cercle vicieux continue, la dette grecque va donc augmenter puisque l’état est en incapacité de réaliser 50 Mds d’euros grâce au privatisation. La somme a été surévaluée par l’Eurogroupe. Il est réaliste d’affirmer que le mémorandum pourrait faire monter la dette à 200 voir 220 % du PIB.  Les mémorandums de la Troïka mettent en évidence la création d’une pyramide de Ponzi par les créanciers sur le dos des travailleurs grecs. Ainsi, chaque mémorandum nécessitera un mémorandum et augmentera le niveau de la dette grecque, mais protégera les créanciers.

Ainsi, le plan de sauvetage de la Grèce est en grande partie un plan de sauvetage du secteur bancaire, des créanciers, mais aussi des marchés financiers. Il s’agit de cette solidarité financière dont les europhiles convaincus du PSE, PPE. En effet, les banques sont sous-perfusion de l’argent des travailleurs, c’est ce qu’oublie d’affirmer les eurocrates dans leurs longs discours contre Syriza.

conformément aux ambitions du gouvernement grec, moderniser et considérablement renforcer l’administration publique grecque, et mettre en place, sous l’égide de la Commission européenne, un programme de renforcement des capacités et de dépolitisation de l’administration publique grecque.

Le renforcement de l’administration avec une dépolitisation vise notamment à affirmer pour les gouvernements extrémistes de l’Eurogroupe que l’administration grecque est partisane.

Le gouvernement doit consulter les institutions et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement.

La mise sous tutelle du gouvernement sous l’égide des institutions est d’une part une violation grave à la souveraineté de la République Hellénique et de sa constitution, mais aussi des traités européens notamment l’article I-2 du Traité de Lisbonne. Ainsi, tous les projets de loi devront être déposés devant les institutions pour être validés, de même que les référendums. Ainsi devant la CJUE, le mémorandum serait immédiatement retoqué.

à l’exception de la loi sur la crise humanitaire, le gouvernement grec procédera à un réexamen en vue de modifier les dispositions législatives adoptées qui sont contraires à l’accord du 20 février puisqu’elles constituent un retour en arrière par rapport aux engagements pris au titre du programme précédent

La seule exception de la lapidation de la République Hellénique est la loi sur la crise humanitaire. De plus, tout progrès est considéré comme une régression et de fait, la régression sociale est considérée par l’Eurogroupe comme un véritable progrès. Puisque le progrès constitue un retour en arrière.

Le sommet de la zone euro prend acte de ce que les besoins de financement du programme pourraient se situer entre 82 et 86 milliards d’euros, selon les estimations des institutions.  Le plan d’investissement pour l’Europe offrira également des possibilités de financement pour la Grèce.

30 Mds de prêts supplémentaires iront à l’investissement.

Conclusion : La dépression, la hausse de la dette, la hausse du chômage, la baisse du PIB, paupérisation de la population, etc. Une personne étant de gauche et droit dans ses bottes, refuse cet accord et cela par tous les moyens. Ceux qui signent via les parlement nationaux des prêts pour la Grèce ne sont pas de Gauche mais de droite. Le mémorandum n’est pas un accord, c’est un diktat.

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